Pendant que les politiciens municipaux tergiversent sur la question de savoir si Montréal doit ouvrir ses « frontières alimentaires » à la cuisine de rue, toutes les grandes villes du monde ont compris depuis longtemps qu’on n’en meurt pas. Pourquoi cette obsession pour l’aseptisation ?
Nous vivons dans un pays où les règles d’hygiène sont toujours bien respectées et nous n’avons donc pas à craindre d’empoisonnements alimentaires. De quoi avons-nous peur, alors ? De vider les restaurants par une concurrence déloyale ?
Les exemples de ce genre lancés à titre d’essais, comme le MüvBox dans le Vieux-Montréal et les cabanes à sucre urbaines, ont démontré leur fiabilité et l’intérêt des Montréalais pour ce concept. En Europe comme aux États-Unis, de nombreux chefs étoilés se sont ouverts à la cuisine de rue. Dans de petits camions ou des roulottes très bien équipées, ils rendent ainsi ce type de restauration accessible à des gens qui autrement n’y goûteraient peut-être jamais.
À Québec, après le succès de sa roulotte Panache mobile sur l’île d’Orléans, le très bel établissement Relais & Châteaux Auberge Saint-Antoine récidive cette année avec une deuxième roulotte installée sur la promenade Samuel-De Champlain. Le but est simple, disent les intéressés : montrer au public que ce qui coûte cher dans un restaurant, ce sont avant tout les charges, les taxes et autres frais qui font gonfler l’addition, et qu’en réduisant ces frais, il est possible de faire de la bonne restauration, adaptée au style de la maison, à un prix qui satisfait tout le monde.
Trop de popotes roulantes ?
La Ville de Montréal a dit qu’elle allait se pencher sur le dossier, mais, on le sait, il peut se passer bien du temps avant qu’une décision soit prise. On ne pourra toutefois pas toujours aller à contre-courant de la tendance du moment. Les hot-dogs et autres nourritures de fast-food sont déjà permis occasionnellement dans les rues de la métropole, on pourrait ouvrir l’accès à la restauration de rue à plus de joueurs. Chez nos voisins américains, pourtant plus aseptisés que nous, on autorise désormais ce type de restauration, sympathique à bien des égards.
Montréal aurait-elle peur d’être envahie par les popotes roulantes ou les enseignes de restaurateurs bien connus jouant fort le côté marketing ?
On comprend fort bien qu’il faille respecter des critères sévères en matière de salubrité publique, mais l’équipement moderne adapté à ce type de restauration permet de le faire. Ne serait-il pas agréable de pouvoir s’offrir, à la sortie d’un spectacle ou à proximité d’un parc, par exemple, la cuisine simplifiée de Martin Juneau, de Pastaga, ou de la propriétaire du Portus Calle, Héléna Loureiro, qui offrirait de bonnes croquettes de morue avec une bière pour 9,99 $?
Pourquoi de grands restaurants sont-ils capables de proposer ce type de restauration ailleurs dans le monde alors qu’à Montréal, on ne peut manger dans la rue qu’une saucisse avec frites ou un burger ?
Après la Saint-Jean arrive très vite la fête nationale du Canada. Les célébrations populaires, comme les festivals, reçoivent parfois la visite d’inspecteurs du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), qui arrivent gantés tels des docteurs pour contrôler la qualité des aliments vendus en plein air ou la température des comptoirs présentant cette nourriture, thermomètre à l’appui.
Mais pourquoi un professionnel qui a fait ses preuves risquerait-il d’entacher sa réputation en offrant une cuisine de rue potentiellement dangereuse ? Cette cuisine existe depuis longtemps et, en général, à part certains cas déplorables, elle est très avantageuse, et bonne de surcroît.
Au Japon, par exemple, il est courant de voir des gens, y compris des hommes d’affaires, consommer des plats dans les rues, dont certains se révèlent même exceptionnels. Et nous savons à quel point les Japonais sont exigeants à l’égard de la salubrité et de la qualité de la nourriture.
Faudra-t-il manifester dans la rue, comme cela s’est déjà fait pour défendre les fromages au lait cru, ou argumenter auprès des pouvoirs publics, comme nous l’avons fait pour obtenir du jambon Serrano dans nos commerces ? Nous devrions, comme consommateurs, avoir le droit de choisir le genre de restauration que l’on souhaite.
Une identité culinaire
Avons-nous une identité culinaire prête à être exploitée pour la cuisine de rue ? Au Japon et en Chine, les nouilles prédominent ; en France, on fait place aux frites et aux crêpes ; en Italie, les roulottes sont munies de four à pizza ; en Espagne, on propose des tapas ou encore la paella. Mais chez nous ? Certes, il y a bien les fameuses cabanes à patates frites, à burgers et à hot-dogs. Mais ne pourrait-on pas éventuellement s’offrir une belle assiette de fromages du Québec avec une bonne bière de microbrasserie, des bagels au saumon fumé de Monsieur Émile, une bonne baguette ou du jambon de Charlevoix ?
Le reste du Canada nous envie notre culture alimentaire ; alors, pourquoi ne pas en profiter pour donner à Montréal une visibilité autre que celle des festivals ?
Festibière de Québec
La troisième édition du Festibière de Québec se déroulera du 16 au 19 août prochain à l’espace du 400e au Vieux-Port. Elle regroupera plus de 50 exposants. Dégustations, conférences et animations seront de la partie.
festibibieredequebec.com.
Denise Cornellier traiteur ferme ses portes
Denise Cornellier, une femme de talent qui a redonné au métier de traiteur ses lettres de noblesse, change d’horizon après avoir offert à Montréal 30 années de plaisirs gastronomiques. Son établissement fermera ses portes le 28 juillet ; les habitués et les amis des arts de la table et des métiers de bouche se souviendront longtemps de cette enseigne.
Philippe Mollé est conseiller en alimentation. On peut l’entendre tous les samedis matin à l’émission de Joël Le Bigot Samedi et rien d’autre à la Première chaîne de Radio-Canada.
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BIBLIOSCOPIE
Paninis, sandwichs & wraps
Éditions Larousse
2012, 119 pages
Un livre parfait pour l’été et pour répondre aux exigences de la canicule. Des recettes toutes simples de paninis, de sandwichs et de wraps avec des sauces garnitures, comme le guacamole, le pesto, les oignons confits. De belles photographies des plats témoignent de la simplicité des recettes et du plaisir de les réaliser.