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Jean Aubry
18 novembre 2011 Art de vivre / Vin
Quelques livres, beaucoup de vins
Photo : Jean Aubry
Lire en dégustant du vin. C'est plus chic que de manger en lisant et puis ça ne tache pas les pages. À moins d'avoir une madeleine de Proust au bout des doigts. Mais lire en dégustant du vin peut, si on est mal arrimé à la bouée de sauvetage des mots, faire onduler les lignes comme autant de vagues échouées façon Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne, ou, mieux, entrevoir derrière la truculence du verbe la passion torride d'un James Joyce confiant à sa maîtresse Nora Barnacle le fruité érotique de ses correspondances. Dans ce cas, boire du vin en lisant tient plus de l'hydratant buccal que du lubrifiant spirituel. Quoique...
Chez Hachette, l'oenotourisme est à l'honneur avec trois microbouquins pratiques sillonnant «Sur la route de...» où visites de caves, gîtes, volets historiques et bonnes adresses de vignerons sont à l'honneur. Ainsi, vous pourriez déjà siroter ce Champagne Taittinger Brut Réserve (59,50 $ - 10968752), un multicru énergique et satiné, rehaussé mais surtout patiné par des vins de réserve qui lui assurent profondeur et longueur (****, 1), en lisant Sur la route des vins de Champagne, avant de poursuivre avec les vigoureux Rasteau Les Blovac 2009 de Santa Duc (19,25 $ - 709329 - ***, 2 ©) et Gigondas Château du Trignon 2007 (28,80 $ - 10935942 - ***1/2, 1), en feuilletant Sur la route des vins de la Valée du Rhône, avant de clore, toujours sans tituber des neurones, avec Sur la route des vins de Midi-Pyrénées, où ces magnifiques Jardins de Bouscassé 2009 d'Alain Brumont (16,65 $ - 11179392 - ***, 1) et classiques Torus 2007 et 2008 en Madiran, du même auteur (16,10 $ - 466656 - ***, 1), deviennent de formidables compagnons de voyage.
L'oenotourisme se poursuit au Québec avec, en version cocktail, Cidres à l'apéro des auteurs Dominique Labrecque et Alain Boucher (Isabelle Quentin éditeur), accompagné bien sûr du léger et tonifiant Crémant de pomme du Minot (10,50 $ - 245316), puis, en plus soutenu chez le même éditeur, La petite histoire du cidre au Québec (et sa fabrication) d'Alain Boucher, un document bien fouillé et fort instructif.
Enfin, aux éditions Caractère, c'est avec un verre de Cabernet/Merlot 2008 Five Vineyards de Mission Hill (17,95 $ - 10544749), souple, amplement fruité, que vous pourriez tenter l'aventure vers l'ouest en parcourant des yeux Vins et vignobles du Canada de Julie Perrault et Simon Gaudreault, regard éclairé et coups de coeur bien sentis. C'est mon collègue à The Gazette, Bill Zacharkiw, qui va être content: les vins de Norman Hardie y ont ici droit au chapitre!
Les guides de vins, maintenant. Jusqu'où ont-ils leur utilité? Ils doivent d'abord guider, proposer, suggérer, ouvrir des horizons, simplement mais aussi objectivement, ce qui, pour les auteurs, n'est jamais une sinécure. La fiabilité de ceux avec lesquels vous entretenez des affinités est primordiale. En plus des Fournier-Phaneuf, Chartier, Debeur, Doucet, Aubry (excusez-le) et autres guides québécois cernant l'offre du monopole et offrant une pluralité d'opinions susceptibles d'enrichir le débat, il en est d'autres, en France, ne cernant que l'offre hexagonale: Le guide Hachette des vins 2012 (Hachette), Le guide des meilleurs vins de France 2012 (La Revue du vin de France) et, pour connaisseurs plus pointus, Le Guide Bettane & Desseauve des vins de France (La Martinière), tous trois très fiables.
Vous êtes amateur de bulles fines? Alors le Guide des champagnes et autres bulles de Guénaël Revel (Modus Vivendi) est pour vous, bien sûr accompagné de la classique Cuvée Flamme Brut de chez Gratien & Meyer, en Loire (19,95 $ - 11177856 - ***1/2,1), et autres Champagne Brut Blanc de Blancs de Pascal Doquet, une aubaine à 44,75 $ (11528046 - ***1/2,1), surtout que la SAQ offre 10 % sur une tranche de 100 $ d'achat aujourd'hui, et ce, jusqu'à dimanche.
Vous ne vous doutiez pas, enfin, en sirotant consciencieusement votre verre de Saint-Estèphe Prieur de Meyney 2006 (34,75 $ - 10210415), que vous en arriveriez vous aussi à le décrire ainsi: les 2006 s'assurent depuis leur mise en bouteille d'une prestance très «classique» qui les rend particulièrement satisfaisants à ce jour. Sans l'opulence insouciante des 2005 mais mieux étoffés que les 2007, ils proposent justement ce grain de tanins fins offerts sans débordements, avec une pointe d'austérité qui ajoute au charme (***1/2, 1 ©). Est-ce la lecture du bouquin Le vin sans complexe! de Sandrine Audegond et Olivier Thiénot (Albin Michel) qui vous a mis la puce à l'oreille avec ces «Petites leçons de dégustations»? Comme quoi on ne naît pas dégustateur, on le devient en pratiquant!
En ce sens, un «cours-dégustation-libre», dans le cadre sympathique des Amis du vin du Devoir, vous intéresse? Celui du 21 novembre prochain affiche complet, mais pour celui du 12 décembre, il reste encore quelques places. Huit vins. Coût: 50 $. Endroit: restaurant La Colombe, 554, avenue Duluth Est, Montréal, à 18h30 précises. Mode de paiement: un chèque à l'attention de Jean Aubry, posté au Journal Le Devoir, 2050, rue de Bleury, 9e étage, Montréal (Québec) H3A 3M9, tient lieu de réservation. Une confirmation suivra. Premiers arrivés, premiers servis. Ah oui, des livres seront en tirage! Très important: inclure un numéro de téléphone ou une adresse de courriel pour la confirmation.
Primeurs 2011
Pour tout vous dire, les vins primeurs mis en marché hier, soit les Novello, Sangiovese Rubicone, Botter (10,60 $ - 10479166), Beaujolais, Mommessin (14,95 $ - 10704247) et Beaujolais, Duboeuf (15,90 $ - 10704221), n'ont pas de quoi pousser mémé dans les orties. Bref, de bien pâles copies de ce qu'un véritable vin primeur peut offrir. Dommage. Les meilleurs sont disponibles en importation privée. Mais comme vous êtes futés et que vous ne voulez pas bouder votre plaisir, optez, pour 35 sous de plus que le Beaujolais Duboeuf (le meilleur du lot), pour la version 2010 du Beaujolais Villages Combe aux Jacques, de la maison Jadot (16,25 $ - 365924), servi tout juste frais sur vos rillettes de canard. Je vous le sers en primeur au Salon du livre ce week-end!
Capacité du vin à se bonifier: 1, moins de cinq ans; 2, entre six et dix ans; 3, dix ans et plus. ©: le vin gagne à séjourner en carafe.
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Les vins de la semaine
La belle affaire
Chardonnay 2010, Domaine de la Ragotière, Vin de Pays du Val de Loire (13,40 $ - 10690501)
Humez: la transparence minérale d'un muscadet n'est pas loin. Seulement, la rondeur gagne rapidement le palais, alternant légèreté et densité fruitée sur la base d'une délicieuse, d'une sapide acidité. Une jolie bouteille de soif, simple mais vibrante, outrageusement désaltérante. 1
Le pouilly
Pouilly-Fuissé 2009, Les Combes V.V. «Terroir de Pouilly», Verget (39,25 $ - 11479571)
Il y a d'abord cette vibration fine, là, sur la pointe de la langue, qui met le contact, puis une ouverture rapide sur le minéral qui, tel un courant électrique, force l'expansion fruitée à intégrer rapidement le voltage puissant livré par le terroir. Un blanc sec qui ne laisse pas indifférent. 2
La primeur en blanc
Chaminé 2010, Alentejo, Cortes de Cima, Portugal (13,65 $ - 11156238)
Pas nécessairement une primeur, mais diable qu'il y a jolie substance ici! Et puis ce caractère, ce tonus, cette vinosité qui enveloppent pour mieux affronter les accras de morue et autres fritures tout en demeurant bien droit, dans le sillage fruité, sans alourdir. Provision pour les Fêtes? 1
Les primeurs en rouge
Cormi 2007, Veneto, Zenato, Italie (22,95 $ - 11462083)
Bon, ça y est, me suis-je dit, encore le merlot à la rescousse pour glamouriser une cuvée qui pourtant se suffit à elle-même. J'avais tout faux. La corvina, qui assure ici le fond de commerce, non seulement ne perd pas au change mais elle gagne en volume et en richesse au contact du merlot. Étonnant. 1
L'émotion
Donnadieu 2010, Cuvée Mathieu & Marie, St-Chinian (16,95 $ - 642652)
Juvénile, articulé, libre, récréatif, ludique, d'une spontanéité à la limite de la naïveté, ce rouge éclatant qui sourit à belles dents à qui veut en mordre comme en découdre fait mouche une fois de plus. Il y a du corps, mais pas trop, du croquant, sans ménagement, de l'éclat, pourquoi pas. 1
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Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2012 Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.
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