François Lévesque 11 février 2012 Culture / Cinéma Qui trop explique mal étreint
Photo : Source Metropole Films
Impardonnables
Réalisation: André Téchiné. Scénario: A. Téchiné, Mehdi Ben Attia, d'après le roman de Philippe Djian. Avec André Dussollier, Carole Bouquet, Adriana Asti, Mélanie Thierry, Mauro Conte, Andrea Pergolesi, Sandra Toffolatti. Photo: Julien Hirsch. Montage: Hervé de Luze. Musique: Max Richter. France, Italie, 2011, 111 min.
Avec Barocco, Le lieu du crime ou encore Les voleurs, des œuvres noires dont on ne sait trop si le mystère émane de la forme et contamine graduellement le fond ou l'inverse, le cinéaste André Téchiné s'est fait le chantre de l'ambiguïté. L'ambiguïté sexuelle, l'ambiguïté amoureuse, l'ambiguïté des intentions... Surtout, l'ambiguïté du sens à donner à toute cette l'ambiguïté.
Observer les regards et les gestes des personnages, chercher à comprendre les raisons qui poussent untel à agir comme il le fait, à dire ce qu'il dit comme il le dit, puis formuler des hypothèses par-devers soi pour les voir être invalidées plus loin; recommencer: pour peu qu'on ait l'âme psychologue, le cinéma d'André Téchiné, c'est souvent du bonheur cinéphile. En cela, Impardonnables constitue une bien petite gâterie: meilleur que son film précédent, La fille du RER, mais en deçà des Temps qui changent et des Témoins.
Un écrivain en panne (un archétype dont on ne se lasse pas) venu chercher l'inspiration à Venise. L'agent d'immeubles, une ancienne femme fatale au coeur tendre, dont il s'éprend. La détective privée embauchée par le premier et qui aima jadis la seconde. Et la progéniture des uns et des autres qui génère l'angoisse parentale: une fille disparaît, un fils sort de prison... «On devrait passer une loi contre la procréation. Ce serait le seul remède contre la culpabilité», déclarera le romancier (André Dussollier, en forme). À sa décharge, le film aurait pu s'appeler Les enfants terribles.
Adapté d'un roman de Philippe Djian, Impardonnables fut scénarisé par le cinéaste et par Mehdi Ben Attia. Téchiné a toujours écrit en collaboration (avec Pascal Bonitzer et Gilles Taurand pour le meilleur). Cette fois, force est de constater que la symbiose n'est pas au rendez-vous. Divisé en quatre volets de longueurs variables, de l'été au printemps, le récit s'annonce pourtant intrigant. Un parfum délétère plane: quoi de plus normal dans la cité lacustre ayant inspiré Ne vous retournez pas et Obsession. Au cours de l'été, on s'attend à voir remonter un corps à la surface de la lagune. Si seulement!
L'automne venu, le mystère se dissipe. L'intérêt aussi. Durant le court segment hivernal, les personnages s'expliquent (pourquoi ces actions, pourquoi cette parole) lors de deux scènes d'exposition particulièrement lourdes (au café, puis au mariage, avec au moins à l'arrière-plan un hommage inattendu à Amarcord). Téchiné n'a pourtant pas l'habitude de donner dans la pédagogie. De sa part, c'est décevant. Ça tue l'ambiguïté.