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François Lévesque
11 février 2012 Culture / Cinéma
Cendrillon n'ira pas au bal
Photo : Source Métropole Films
Miss Bala
Réalisation et montage: Gerardo Naranjo. Scénario: G. Naranjo, Mauricio Katz. Avec Stephanie Sigman, Noe Hernandez, Miguel Couturier, James Russo. Photo: Mátyás Erdély. Musique: Lynn Falchtein. Mexique, 2011, 113 min.
À l'ombre des grosses pointures mondiales que sont devenus les Alejandro González Iñárritu (Amours chiennes, Biutiful), Guillermo Del Toro (L'échine du diable, Le labyrinthe de Pan) et Alfonso Cuarón (Y tu mamá también, Children of Men), de plus petits joueurs œuvrant sur le circuit indépendant mexicain confirment l'incroyable vitalité dont continue de jouir ce cinéma national. La bonne, Alamar, Les volontés de Nora: des budgets microscopiques ne sauraient empêcher une bonne histoire d'être filmée et, à travers celle-ci, un pays d'être raconté. Miss Bala s'inscrit dans le même sillon. À l'instar des longs métrages précédents, celui de Gerardo Naranjo revêt des atours naturalistes favorisant l'émergence, à l'arrière-plan, d'une peinture sociale vériste.
Miss Bala relate les mésaventures de Laura Guerrero, une jeune Mexicaine de Tijuana qui espère extraire sa famille de la pauvreté en s'inscrivant à un concours de beauté. Or rien ne se déroule comme prévu et, par des circonvolutions narratives qu'il vaut mieux taire, Laura devient un pion dans une partie d'échecs mortelle entre policiers et narcotrafiquants.
Financé par Gael García Bernal et Diego Luna, les vedettes du film Y tu mamá también devenus des réalisateurs et des producteurs très impliqués dans la cinématographie mexicaine, Miss Bala s'apparente à un conte de fées pervers. En effet, le rêve naïf de l'héroïne, sorte de Cendrillon moderne, vire progressivement, méthodiquement, au cauchemar. Initialement refusée au bal, la belle y sera finalement conviée, mais après que le carrosse se fut changé en citrouille et que le charme d'avant minuit eut laissé place à la gueule de bois.
Privée d'un budget faramineux, la réalisation de Gerardo Naranjo n'en apparaît que plus ingénieuse, notamment dans sa manière d'évoquer le chaos hors champ et de gérer les allers-retours de la caméra sur la protagoniste, dont le point de vue soutient tout le film. Bien observé et d'une ironie implacable, Miss Bala est l'une des bonnes surprises de ce début d'année.
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Collaborateur du Devoir
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