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Odile Tremblay 
11 février 2012  Culture / Cinéma
Montrer les gens derrière l'Holocauste

Photo : Source Métropole Films

Son film In Darkness est en nomination aux Oscar pour le meilleur film en langue étrangère, en concurrence avec Monsieur Lazhar. Cette sombre et troublante histoire de juifs cachés dans les égouts de Lvov, en Pologne, sous l'occupation nazie, prend l'affiche vendredi prochain dans nos salles.

Agnieszka Holland, qui tournait déjà en 1977, parle d'In Darkness (coproduit au Canada) comme d'un triomphe incompréhensible. Sur les écrans polonais depuis un mois, sans vedette à sa distribution, il a rallié 900 000 spectateurs. «On va atteindre le million, s'étonne-t-elle. Les gens sont très touchés. Je voulais les confronter à une image ni mensongère ni manichéenne de cet épisode terrible et ils y ont adhéré.»

Ce n'est pas la première fois que la cinéaste polonaise aborde au cinéma la douloureuse question de l'Holocauste. En 1990, son remarquable Europa Europa, sur un jeune juif contraint de se fondre dans les rangs nazis pour survivre, fut un immense succès. Son Amère récolte en 1985, sur l'équipée d'une jeune juive évadée des trains de la mort en Pologne, lui avait déjà valu, comme pour Europa Europa, une nomination pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Ajoutez qu'Agnieszka Holland coscénarisa pour Andrzej Wajda Un amour en Allemagne (1983), histoire d'une relation amoureuse interdite sous l'Allemagne nazie...

«L'Holocauste est dans l'histoire de l'humanité un événement frontière qui changea notre vision de l'humanité, en révélant au grand jour cette haine irrationnelle, jamais éradiquée, qui devait resurgir en Bosnie et au Rwanda. Mais je ne traite pas de l'Holocauste, préférant me concentrer sur les gens, leurs choix, leurs peurs, leurs faiblesses, dans le tourbillon de ces situations absurdes et épouvantables.»

Voyage dans la condition humaine

Sa mère polonaise était dans la Résistance et sauva un couple de juifs fuyant le ghetto, ce qui lui a valu le titre de Juste. «Mon père juif s'était réfugié en Union soviétique. Tous les membres de sa famille, sauf une de ses soeurs, sont morts dans le ghetto. J'ai écouté ces histoires durant mon enfance, accumulant des informations, partageant les sentiments des survivants. Il y a eu beaucoup de films sur l'Holocauste et le Troisième Reich, mais la mode en était passée dernièrement. J'avais refusé deux projets sur le sujet.»

Le scénariste David F. Shamoon s'était documenté sur l'histoire de Leopold Socha (joué par Robert Wieckiewicz), un catholique polonais à moitié brigand, travailleur dans les égouts de Lvov, qui y avait caché des juifs pour leur soutirer de l'argent, puis s'était attaché à eux, au point de les protéger au péril de sa vie. Il a su me convaincre.

Le livre de Robert Marshall, In the Sewers of Lvov, racontait cette aventure, transposée en scénario, dont elle a pris les commandes. Elle considère qu'il n'est nul besoin d'inventer des histoires sur la Shoah, tant la réalité fourmille d'aventures plus invraisemblables les unes que les autres.

La cinéaste parle d'In Darkness comme du film le plus difficile de sa carrière, une sorte d'enfer, à cause de la noirceur environnante, mais aussi du plus satisfaisant. Vingt pour cent des égouts représentés sont ceux de Lodz et de Leipzeig; le reste du réseau fut reproduit en studio. «On courait sans arrêt dans le noir, le froid, avec la caméra Red, sans trop savoir ce que l'ensemble donnerait à l'image au bout du compte.»

Elle déplore que plusieurs films sur la question soient tournés en anglais. «Même dans l'excellent Pianiste de Polanski, la langue anglaise m'a quand même gênée. Dans In Darkness, on utilise le polonais, l'allemand, le yiddish, le russe, l'hébreu, l'ukrainien ainsi que le balak, un dialecte polonais aujourd'hui disparu. Je voulais montrer la mosaïque des cultures qui baignait tout. Mon film constitue un voyage dans la condition humaine, sous les pires conditions, et c'est pourquoi il touche les gens.»
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