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François Lévesque 
11 février 2012  Culture / Cinéma
Coeurs transis

Photo : Source Evokative Films

Les révoltés de l'île du Diable (sous-titres français)
Réalisation: Marius Holst. Scénario: Dennis Magnusson, Eric Schmid. Avec Benjamin Helstad, Trond Nilssen, Stellan Skarsgård, Kristoffer Joner. Photo: John Andreas Anderen. Montage: Michal Leszczylowski. Musique: Johan Söderqvist. Norvège-Suède-Pologne-France, 120 min.
Les révoltés de l'île du Diable: cela sonne comme un de ces films d'exploitation des années 1970, avec exotisme, aventure et horreur à mesures égales. Que le titre ne vous décourage pas. Certes, le long métrage du Norvégien Marius Holst raconte une révolte sur une île dominée par un diable, mais ce récit-là n'a rien d'exotique et les horreurs rapportées sont réelles, bien trop réelles.

Inspiré de faits vécus, Les révoltés de l'île du Diable s'intéresse à un pan sombre de l'histoire de la Norvège par le biais de l'un de ses plus tristes établissements: le centre correctionnel Bastøy. En guise de murs infranchissables, les jeunes délinquants doivent composer avec des kilomètres de mer glacée. À l'hiver 1915 arrive Erling, 17 ans, prétendument coupable de meurtre. Une forte tête, Erling gagne le respect de ses compagnons d'infortune et remet en cause les motivations du directeur bigot ainsi que celles de son assistant aux mains longues. Le gouvernement norvégien rougit encore des représailles dont furent victimes ces garçons-là.

Réalisation et direction photo travaillent de concert afin que l'on perçoive la froidure hivernale par-delà l'écran. Pour un peu, on grelotterait avec ces pauvres jeunes gens (des acteurs non professionnels uniformément crédibles). Le scénario est quant à lui persuasif, quoi-que prévisible, mais prenant justement à cause de cela: on se doute de ce qui va arriver, on espère que non, puis on est catastrophé lorsque survient l'inévitable. Entendu que cette histoire-là a déjà été racontée, comme ça ou autrement. Les variations sur le même thème sont en effet nombreuses: Oliver Twist (voir le vidéoclip Désenchantée qui s'en inspira), Escape from Alcatraz, The Shawshank Redemption et surtout de The Magdalene Sisters.

Sans posséder la puissance de cette dernière oeuvre, celle de Marius Holst n'en est pas moins valable. Et choquante. Car pour connus qu'ils soient, les sévices infligés à ses adolescents ne manquent pas d'enrager. À cet égard, et bien qu'une (très diffuse) lumière perce à la fin, le film ne tente pas de rassurer le spectateur éprouvé en suggérant que les méchants furent punis. Dans les faits, le centre correctionnel Bastøy avait encore à ce stade près de quarante belles années d'activité devant lui...

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Collaborateur du Devoir

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