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Catherine Lalonde
7 janvier 2012 Culture / Danse
Danse - Les personnalités multiples de José Navas
Photo : Source: Valérie Simmons
Danse Danse présente Personae
De et avec José Navas
À la PDA, du 11 au 28 janvier
En plus d'être chorégraphe, José Navas officie depuis des années déjà comme danseur soliste. En 2009, son Villanelle en solo s'insérait juste avant S, sur les notes d'Érik Satie, dansé par sa compagnie. Ses Miniatures, comme sept confessions des moments clés de sa vie, vues ici en 2008, continuent de tourner sur les scènes du monde. Revoilà, avec Personae, José Navas en plongée dans les archétypes, les êtres et personnages multiples terrés en son cœur d'interprète.
«J'aime le solo parce qu'il faut que tu connaisses ton métier pour en faire. Il faut connaître ta technique.» Le chorégraphe d'origine vénézuélienne, visage racé, regard chaleureux et boule à zéro, reçoit Le Devoir dans le studio de sa compagnie, rue Sainte-Catherine à Montréal. Son français, autrement riche, chuinte d'accent espagnol. «Il faut avoir de l'expérience comme interprète pour être soliste, et que le spectacle ait quelque chose à dire. Surtout quand on arrive à mon âge, 46, presque 47 ans: je ne fais pas d'acrobaties, je ne fais pas huit pirouettes en scène. Il faut qu'il y ait autre chose. Les pièces de groupe peuvent être écrites presque comme de l'architecture, en mettant des corps en relation dans l'espace. Le solo, c'est de la poésie, la parole, les images et tous les gestes évocateurs.»
Pour trouver ce quelque chose à dire, José Navas s'est attaqué au double thème du désir et de la divinité. Les six courts solos qui en résultent sont «moins prévisibles que je ne le pensais. Il y des archétypes, et oui, un travail de symétrie, de relation entre le haut et bas.» La musique apporte ici une touche sacrée, avec une pièce religieuse de Vivaldi en ouverture, et là la pompe attendue, dans ce Boléro de Ravel en finale, un peu hommage à Maurice Béjart, une partition que le chorégraphe a mis longtemps à assumer.
«J'ai déjà touché ces thèmes du désir et du divin dans mon travail, poursuit José Navas. Pour faire une différence avec Miniatures, qui était une recherche plus personnelle, j'ai aussi fait une étude de couleurs. Dans le spectacle, on voit du blanc, du rouge, du noir, des couleurs liées au pouvoir; un drapeau nazi ou une église catholique.»
Car cette divinité qu'interpelle Navas, c'est celle des chrétiens. «J'ai été élevé comme catholique, et je trouve que cette religion parle surtout de désir. L'imagerie est morbide, parfois érotique, avec le corps, le sang, ces choses animales, et cette croyance qu'il y a autre chose qui nous regarde, lance Navas. Qu'est-ce qu'on cherche avec le sexe, avec la sexualité? Quand on a un orgasme, qu'on nomme aussi la petite mort, on sent une connexion avec quelque chose d'autre», presque avec plus grand que soi.
La promesse de l'enfer
La friction entre le désir et le divin vient d'une révélation très personnelle. Gamin, avant même ses 11 ans, José Navas sait qu'il est homosexuel, lui qui a été élevé dans un milieu très religieux. «J'ai tenté de me suicider trois fois avant mes onze ans. Tu vois ce monde d'hommes, ce monde de la religion, très attirant d'un côté, mais tu sais que tu y es destiné à l'enfer.» L'ouverture de ses parents, croyants, qui l'accepteront, rassénérera l'enfant. Ce sont eux qui vivront une crise de foi subséquente, déchirés par cette religion qui ne peut, ou ne veut, inclure leur fils.
José Navas a trois têtes de chorégraphe. Celle qu'il utilise pour ses pièces de groupe, comme S, dernière en date, pour huit danseurs. Ces pièces-là, il les compose pratiquement comme de l'art visuel mouvant. Son autre visage de chorégraphe est tout nouveau: Navas revisite actuellement pour le Ballet British Columbia le romantique Giselle. «Ça m'intéresse d'entrer davantage dans le monde classique», lance Navas, comme un souhait. Et finalement, son travail, chorégraphique et d'interprétation solo, seul sous le feu des regards, à s'ouvrir à toutes ses Personae. «Ma mission, si j'en ai une, et je dis ça de façon toute personnelle, c'est de laisser quelque chose de bien écrit, de positif et beau. Je trouve qu'il y a une morbidité autour de nous, dans les arts et dans la vie en général, une négativité, une lourdeur, comme si on revenait aux temps médiévaux. On a davantage de choix pourtant quand on regarde vers le haut, vers l'élévation, que l'inverse.»
Encore novice
À l'approche de la cinquantaine, que devient la danse de José Navas? «Plus je deviens vieux, mieux je danse, si je puis me permettre», souligne le chorégraphe, qui rigolera plus tard quand on lui soulignera l'ironie du fait que les danseurs de sa compagnie, à l'inverse, semblent rajeunir d'année en année. «Mon projet est de danser jusqu'à ce que je décède», dit celui qui est très inspiré du parcours de Kazuo Ohno. «Sa vie d'interprète a vraiment commencé à 75 ans. La première fois que j'ai vu, avec sa vieille peau, ce dinosaure qui dansait, c'était d'une beauté incroyable. J'aimerais beaucoup pouvoir danser à 90 ou 100 ans, avoir des années et des années et des années d'expérience, avoir un corps qui fonctionne, à sa façon, et de continuer à écrire des solos pour ce corps. Ce qui est drôle, c'est que je suis encore trop jeune pour ce nouveau projet.» Qu'est-ce que le temps, jusqu'à maintenant, a le plus changé à sa danse? «L'assurance», répond du tac au tac le chorégraphe-interprète. «Et la compréhension, que je n'avais pas avant, d'être marié à mon métier. C'est un service. C'est presque religieux.» Nous y revoilà...
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