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Frédérique Doyon
2 février 2012 13h49 Culture / Danse
Danse: Mutations étranges
Vers et Trois peaux
De: Jean-Sébastien Lourdais. Avec : Annik Hamel, Frédéric Marier, Rachel Harris, Ludovic Gayer À l’Agora de la danse jusqu’au 3 février
Jean-Sébastien Lourdais trace une trajectoire à part, totalement atypique dans le paysage chorégraphique montréalais. La compagnie Montréal Danse marque un très bon coup en l’invitant pour fêter son quart de siècle.
En première partie du programme double, le solo Vers, interprété par le chorégraphe lui-même, donne le ton. Époustouflante (et perturbante !) incursion dans un corps-limite, qui semble soumis à d’autres lois physiques et biologiques. Le solo coproduit par l’Agora de la danse et les Rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis en France est ici remanié, en version plus courte.
Vers est le récit d’une métamorphose. Un corps en quête d’un état de grâce bizarre. Il bouge très lentement d’abord, son poids reposant souvent sur les appuis les plus improbables, comme les pieds et les omoplates, le bassin en l’air.
Puis la mutation s’accélère alors que la musique électro-minimale gagne en texture. Ondulations. Contorsions. Debout mais jamais droit, Lourdais se déplace dans l’espace comme à l’envers de la normale. Ses mouvements sont initiés ici par un coude, là par le bassin. Comme si sa danse suivait des circonvolutions étranges. Le torse infatigable, le corps sous tension, toujours au bord de la rupture, jusqu’à sa… disparition dans des jeux de lumière.
Soufflé par cet ovni chorégraphique, on met un peu de temps à apprécier Trois peaux. Le ton est ici plus ludique et grotesque. Comme une pièce de science-fiction déjantée dont les effets spéciaux dérivent essentiellement du corps.
Affublés d’un bas-culotte rouge, les trois danseurs peinent d’abord à incarner la gestuelle hors norme de Lourdais. Et celle-ci perd un peu de sa force d’évocation. Évoluant presque toujours sur les mains et les pieds, les fesses au ciel, ils semblent les bêtes de foire d’un quatrième énergumène, le compositeur-performeur Ludovic Grayer qui crée l’environnement sonore en direct sur scène.
L’une d’elles (Annik Hamel) a le corps déformé par son bas-culotte remplie de peluches, dont elle finira par accoucher. C’est à partir de là que la maestria des danseurs s’expose enfin: le solo tout en spasmes et en tics de Rachel Harris; le duo de siamois de Annik Hammel et Frédéric Marier. Jusqu’à la risible chute finale.
Vers et Trois peaux secouent l’esthétique jusqu’ici plutôt sage de Montréal Danse, ouvrant une fenêtre intrigante sur son avenir. Le 25e anniversaire de la compagnie se poursuit la semaine prochaine avec une création signée Georges Stamos.
La représentation d’hier était dédiée au danseur Ken Roy, décédé samedi du cancer, à l’âge de 49 ans.
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