Une comédie musicale sur le mariage, une réflexion sur le souffle, un solo de résistance à l'intention du Zimbabwe, un conte sur la séduction, une exploration des impalpables de la vie — amour, perte, destin. Les thèmes varient autant que les esthétiques de la diaspora africaine du Québec, réunies pour la première fois dans la série Ascen/Danses, dans le cadre du Mois de l'histoire des Noirs, jusqu'au 26 février.
Le titre de la série souligne l'influence grandissante de ces expressions artistiques sur les scènes d'ici. D'ailleurs, mieux vaut parler des danses africaines, tant elles sont multiples. «C'est une mosaïque dans une mosaïque», met en garde Dena Davida, directrice artistique de Tangente, un des six organismes partenaires d'Ascen/Danses. Certains traits les caractérisent tout de même.
«C'est un courant toujours engagé socialement et/ou politiquement, et qui reste associé à la danse traditionnelle, aux anciens», explique Dena Davida, qui a promu l'idée de cette série thématique, ralliant sous une même bannière les spectacles déjà prévus au programme des théâtres en y greffant d'autres activités. Leur énergie physique est une autre caractéristique.»
Elle aime bien se référer au livre de Salia Sanou Afrique, danse contemporaine, qui défend une danse d'aujourd'hui, d'hier et de demain. Après les Ballets d'État, fondés dans le sillage post-colonial des années 1940-1950, les Africains se sont nourris des danses de rue, des folklores et des courants de musique locaux, tout en s'ouvrant au monde.
Le mini-événement débute ce soir au Studio 303, qui réunit sur scène les deux pôles générationnels de la danse «africano-québécoise». Jeune artiste émergent, le Zimbabwéen Gibson Muriva offre son solo Rebel comme un appel à son peuple à se tenir debout pour retrouver sa liberté d'expression bafouée par des guerres intestines.
En première partie de soirée, Zelma Badu-Younge, pionnière de la diaspora avec Zab Maboungou, explore les zones invisibles de nos vies: solitude, amour, mort, au-delà, dans Spirituals Things. Son solo fait le pont entre les danses contemporaines africaines et les techniques de plusieurs groupes aborigènes d'Australie et d'Afrique.
Ghislaine Doté, nouvelle voix
Entre ces deux pôles s'inscrivent trois autres productions, jusqu'au 26 février. Pendant longtemps, Zab Maboungou — et sa vénérable compagnie Nyata Nyata — a incarné la «scène» africaine contemporaine d'ici. Depuis quelques années, les propositions d'artistes venus de plusieurs pays d'Afrique se multiplient.
Vue jusqu'ici sur les scènes plus émergentes, la jeune chorégraphe Ghislaine Doté fait le saut à l'Agora de la danse, dès le 15 février. «En expérience scénique, elle est l'aînée d'une deuxième vague d'immigration avec Rhodnie Désir» (qui sera au MAI [Montréal Arts interculturels] dès la semaine prochaine avec la pièce multidisciplinaire Vi [Rec]), indique Mme Davida. «Elles se sont toutes deux dirigées vers une contemporanéité plus affirmée.»
Née en République centrafricaine, Ghislaine Doté a grandi en Côte d'Ivoire, pratiquant la danse, le chant et les arts martiaux. Elle a complété son baccalauréat en danse à l'Université du Québec à Montréal en 2002. Elle présentera Merry Age, une pièce en forme de comédie musicale sur le mariage — inspirée du sien — impliquant six danseurs-chanteurs. Le lien danse-musique est «indissociable» pour celle qui signe toutes les mélodies de ses chorégraphies.
«Je crée la musique avant la danse parce qu'elle m'aide à définir les émotions que je veux mettre en mouvements, dit-elle. J'ai composé plus de musique que jamais. Il y a beaucoup de parties chantées qu'il a fallu apprendre aux danseurs... un gros défi pour moi et pour eux.»
Merry Age se divise en deux actes: l'enchantement (tomber amoureux, préparer le mariage) et le désenchantement (la vie à deux). En filigrane, la chorégraphe se permet quelques observations sur sa société d'accueil, qu'elle a aimée d'emblée pour son ouverture, son multiculturalisme et surtout sa liberté d'expression.
«Je parle des dynamiques que je vois dans la société québécoise, explique la jeune femme. Je trouve que les femmes sont très fortes au Québec. En Afrique aussi... Mais la réaction des hommes par rapport à ça diffère: ici, ils ne savent pas quoi en faire, ils perdent un peu leur identité, alors qu'en Afrique, les hommes demeurent macho...»
Le dernier rendez-vous scénique d'Ascen/Danses se passe à Tangente avec Nora Chipaumire, basée à New York mais originaire du Zimbabwe, et Souleymane Badolo, du Burkina Faso. Ils présentent Love, un duo sur la séduction, et chacun un solo, Voodoo de la première et Yaado du second.
Cette diaspora artistique fertile est toutefois loin de se comparer à la danse afro-américaine, selon Dena Davida, qui remonte «jusqu'à trois, parfois quatre générations en arrière, dit-elle. Et il y a eu une vraie fusion entre l'histoire de la danse moderne américaine et africaine.