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Hugues Corriveau 
4 février 2012  Culture / Livres
Poésie - Des chants de l'âme

Photo : Pedro Ruiz - Le Devoir

SIX MILLE ET DEUX NUITS SOUS UN CIEL D'ORIENT
Christine Palmiéri
L'Hexagone, coll. «Écritures»
Montréal, 2011, 136 pages

DEPUIS, TOUT A GRANDI
Céline De Guise et Michel Côté
Triptyque
Montréal, 2012, 84 pages
Six mille et deux nuits sous un ciel d'Orient à entendre les voix, à chercher les voies contradictoires de l'humanité. Six mille nuits et plus à se remettre, à multiplier le chant d'une vie qui appelle les mots, qui s'éploie dans l'écriture. En de longs textes, le plus souvent en vers libres, en de longues mélopées aux répétions lancinantes comme un chant d'âme, Christine Palmiéri déroule sa parole arquée au-dessus des confidences, car «il [lui faut] toucher / toucher // toucher de l'oreille / de l'œil / toucher de la langue / toucher plus encore // caresser [...]» pour qu'advienne la sinueuse sensation d'exister.

D'une sensualité exaltée, l'écriture de Palmiéri galbe la matière des voyelles-bétons, des mots-mondes inscrits dans les enchevêtrements urbains aux origines marocaines, pleines «d'arabesques mauresques rampantes». Une inquiétude tremblée soulève le texte de mémoire, et les fouilles sombrent ou irradient selon l'heure du jour ou de la nuit.

Tour d'enfance et de pays, parcours de la combattante qui retrace partout où elle peut ce qui tient encore debout au bout de son histoire, consciente que «le souvenir se meurt sans le mot», celui qui perpétue la vivacité des êtres. Ne pas craindre non plus d'aller «du côté souillé de la parole / qui cherche le mot juste» pour que renaissent le goût de miel et de plaie, les épisodes mutants d'une vie nomade.

On trouve, sous une forme plus narrative, une partie de ce livre dans le numéro 103, paru en 2004, de la revue Moebius consacré aux Mille et une nuits, prouvant que ce récit d'une longue transhumance, traversant le pays de naissance jusqu'en terre d'Amérique, habite l'auteure depuis longtemps. Palmiéri aborde, sous la forme poétique, des situations politiques et historiques tout autant que sa propre cohérence sous un chant tutélaire, appelé ici par le muezzin, non pas vers une prière religieuse, mais au-devant des intenses souffles des cultures.

Malgré le cancer


Depuis, tout a grandi aurait pu être une guimauve, une bluette, quelque chose d'un cucul sans nom... et puis non... Que de respect ici dans ce projet à quatre mains qui met des mots tendres au moment de la mort alarmée.

À l'été 2010, on annonce à Céline De Guise qu'elle a un cancer du sein; entre le 11 octobre de cette année-là et le 3 avril 2011, un «abécédaire pour un peu d'amour» déploie ses 26 textes pour tenir tête à l'angoisse, au doute ou au mutisme auxquels répondront 26 textes de Michel Côté, le poète et artiste, l'amoureux. Échange au bout des con-sonnes et des voyelles.

Il avoue: «J'avance / où ta voix me décide»; elle choisit «le détournement». Des foulards sur sa tête nue, de la musique pour piano dans le pas des heures... En fait, «cela donne sens» à cette entreprise de survie, tout comme la belle mise en page qui offre les textes de Céline De Guise en page de droite et ceux de Michel Côté, au verso, en dessous, dans la discrétion, sous couvert de ne rien ameuter. Sauf l'amour, «au juste instant [quand] il faut tenir». Il faut alors tout inventer de sa propre suite, des projets de voyages comme de l'admiration aux passages des oiseaux. La voici, tout simplement, admissible «au plaisir du rien», à ce si peu de soi qui parle sa langue vivante. Michel Côté, dans la réserve, dépourvu, avance mot à mot dans la fréquence musicale de la proche tant aimée. Livre d'une grande force de conscience, acte de foi surprenant dans ce que les mots peuvent encore sauver.

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Collaborateur du Devoir
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