Connexion
Gilles Archambault
11 février 2012 Culture / Livres
Un Américain bien étrange
Nouvelles complètes, tomes 3 et 4
Henry James
Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade»
Paris, 2011, 1497 et 1726 pages
Henry James est l'une des figures les plus attachantes de la littérature américaine. Qu'on le lise un peu moins qu'autrefois n'a rien pour surprendre. Le monde qu'il décrit est celui d'une certaine bourgeoisie aisée. Indépendant de fortune, il a pourtant mené une vie de forçat de l'écriture, multipliant romans et nouvelles.
Son thème d'élection: l'opposition entre l'innocence du Nouveau Monde et la culture européenne.
Né à New York en 1843, il décède à Londres en 1916. Après de fréquents voyages outre-mer, il décide en 1875 de se fixer en Europe. Deux ans de séjour à Paris avant d'adopter Londres. Sauf quelques séjours en Italie, c'est là qu'il écrira son oeuvre. Publiés à la fois à New York et à Londres, ses écrits l'établissent comme un écrivain important. Son seul échec, n'avoir pu réussir au théâtre. Sa deuxième pièce est un four.
On publie dans la Bibliothèque de la Pléiade les troisième et quatrième tomes de ses nouvelles complètes, terminant ainsi un remarquable travail d'édition. Les années dont on s'occupe: 1888-1898 et 1898-1910. Comme le rappelle Annick Duperray dans son introduction au troisième tome, la carrière de notre écrivain n'est pas dépourvue de difficultés. Les revues auxquelles il destine ses nouvelles ne sont pas toujours accueillantes. S'ajoute aux problèmes habituels d'un écrivain le fait qu'il s'adresse à la fois à deux publics, l'américain et l'anglais. Ces ennuis toutefois n'empêchent pas James de vivre parfaitement sa vie de bourgeois. Habitant un quartier huppé de Londres, voyageant à son gré, il peut se consacrer à son oeuvre.
Il est étonnant de constater que les dictionnaires et les histoires de la littérature insistent beaucoup sur les romans de notre auteur et négligent ses nouvelles. Bien sûr, on ne peut faire l'impasse sur des entreprises romanesques aussi prenantes que Les ambassadeurs, Les Bostoniens ou Washington Square, mais c'est dans le texte plus court que la maîtrise de James est plus évidente.
Les sujets qu'il traite dans ses nouvelles ont souvent à voir avec le surnaturel. Ses personnages vivent souvent dans un monde immatériel, imaginaire. L'auteur cependant ne perdait jamais le nord. Annick Duperray rappelle qu'il «avait coutume de prévoir sujets et ébauches parfois plusieurs années avant de parvenir à la solution finale». Il veillait aussi à trouver un éditeur pour la rédaction en feuilleton et la publication ultérieure en recueil.
S'il faut choisir entre ces deux publications, c'est la seconde que je préférerais. On y trouve les incontournables que sont Le tour d'écrou, La bête dans la jungle, Dans la cage et La maison natale, entre autres. Mais au fond, comment choisir?
Accepter de lire Henry James, c'est convenir d'entrer dans un univers désuet et pourtant actuel. Tant il est vrai que dans nos vies la psychologie raisonnée est tout aussi présente que le rêve. Les nouvelles de cet auteur ont beau se dérouler dans un monde qui n'est plus le nôtre, elles invitent souvent à une déraison qui ne connaît pas d'époque.
***
Collaborateur du Devoir
Site complet