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Christophe Huss 
10 février 2012 10h35  Culture / Musique
Les Brigands: sérieux et enthousiasme

Photo : Société d'art lyrique du Royaume

Offenbach : Les Brigands, opéra-bouffe en trois actes.
Eric Thériault (Falsacappa), Marie-Ève Munger (Fiorella), Pacale Beaudin (Fragoletto), Patrick Malette (Pietro), Joseph Rouleau (chef des carabiniers), René Lapointe (la Princesse de Grenade), etc. Chœur de la Société d’art lyrique du Royaume, Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Jean Philippe Tremblay. Mise en scène : Éric Chalifour. Salle François-Brassard de Jonquière, jeudi 9 février. Reprises jusqu’au 11 février.
Cela fait quarante ans que la Société d’art lyrique du Royaume célèbre l’opérette au Saguenay-Lac-Saint-Jean lors d’un spectacle annuel. Ce genre musical est étrangement négligé par les deux grandes compagnies québécoises (Montréal et Québec), qui ne semblent jurer que par le répertoire italien. Et pourtant, une Belle Hélène ou un Orphée aux enfers d’Offenbach montés avec esprit font un spectacle merveilleux, populaire et rassembleur. C’est vrai que l’opérette nécessite un spectacle d’équipe et ne repose pas sur des roucoulades de divas.

Peut-être les Saguenéens pourront-ils donner quelques leçons aux grands centres? La première chose qui frappe dans cette production du quarantième anniversaire – Les Brigands d’Offenbach – est le sérieux avec lequel l’ouvrage a été monté, et l’inventivité avec laquelle toutes les ressources ont été optimisées: Mylène Leboeuf-Gagné a conçu de vrais décors (pas des panneaux amovibles qui configurent des espaces…) et la costumière Jacynthe Dallaire, à la pétillante audace, ridiculise à elle toute seule ce qu’on a vu dans le récent Trouvère de l’Opéra de Montréal.

Scéniquement, le spectacle est monté par Éric Chalifour avec rythme, un ingrédient essentiel quand il s’agit d’Offenbach. Une chorégraphe, Marilyne Renaud, fait vivre tous les ensembles par une gestuelle assimilée par les protagonistes.

Trois comédiens, qui jouent les assistants du chef des bandits, sont à l’origine de moments hilarants. Leur «can-can du poulet», lorsqu’ils sont déguisés en marmitons», fait crouler la salle, de même que quelques ajouts au texte parlé, tel le gangster suggérant une commission d’enquête ou le faux baron italien s’exclamant «Et tout ça, là, là». Les apparitions de Joseph Rouleau, casqué, en chef des carabiniers (toujours en retard), ont aussi fait beaucoup rire, de même que les clowneries de Sylvain Paré en Comte espagnol.

La salle, à l’acoustique très sèche, a été discrètement amplifiée, avec grand soin, même si une section de l’avant-scène engendrait un léger écho. Le retour, prévu l’an prochain, à Chicoutimi, devrait améliorer la communication entre la fosse et le plateau. Celle de Jonquière est trop profonde. D’ailleurs l’orchestre semblait être le seul à souffrir, car sur le plateau, du choriste amateur au vétéran iconique, tout le monde s’éclatait.

Le nouveau directeur artistique, Martin Boucher a eu la bonne idée de consolider la distribution avec de jeunes chanteurs déjà expérimentés comme Pascale Beaudin, Marie-Ève Munger ou Patrick Mallette, le ténor Eric Thériault se montrant à la hauteur du rôle de Falsacappa. Dans un ouvrage impossible à distribuer, tant il multiplie les rôles de ténors, d’autres ont habilement compensé leurs limites vocales par leur verve comique.

À l’image de ce convaincant travail d’équipe, on peut souhaiter à la Société d’art lyrique du Royaume de consolider ses bases, de pouvoir se «poser» dans une salle plus gratifiante sur le plan musical (et où l’on n’organise pas, dans le local d’à-côté, de bruyantes répétitions théâtrales avec musique rock!) et de veiller à améliorer la qualité de l’orchestre, fouetté souvent en vain par Jean-Philippe Tremblay.

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Christophe Huss était l’invité de la la Société d’art lyrique du Royaume.

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