Évidemment, le séisme de janvier 2010 n’a pas aidé. Les maisons détruites et les villages de tentes s’ajoutent au portrait d’ensemble, qui est celui d’un grand gâchis. Les rues de Port-au-Prince paraissent plus encombrées qu’en 1959. Les gens ont fui la misère des campagnes. Plusieurs vivent de l’argent que des parents leur envoient de l’étranger, d’autres de la revente de sacs de riz et d’autres produits importés qui détruisent la vie rurale.
Plusieurs des personnes qui avaient parlé à Mme Jasmin vivent encore et témoignent dans le reportage de Réal Barnabé. Le guide, entre autres, qui nous permet de revoir en couleurs les lieux qu’on avait pu voir jadis en noir et blanc. Il y a aussi Leslie Manigat, un historien, qui a brièvement occupé le poste de président de la République en 1988 avant d’en être chassé par les militaires; une jeune étudiante prénommée Mirlande qui est devenue son épouse et qui a fini en tête au premier tour de la dernière élection présidentielle, qu’elle a perdue aux mains de Michel Martelly.
Les choses pourraient changer: les jeunes d’aujourd’hui semblent admettre un peu plus facilement que leurs aînés qu’ils portent une part de responsabilité dans l’échec collectif; certains d’entre eux insistent sur leur devoir de rester au pays ou d’y retourner quand ils ont un diplôme; la liberté d’information, pratiquement inexistante sous les diverses dictatures, s’enracine: l’information circule, y compris à travers des chansons à contenu, comme celles de l’auteur-compositeur-interprète Bélo.
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