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Amélie Gaudreau 
4 août 2012  Culture / Télévision
À voir le mercredi 8 août - Brûlés, au figuré et au propre

Tous brûlés

Planète, 21h

Le parfum de la révolution de jasmin s’est estompé depuis ce qui semble...

Le parfum de la révolution de jasmin s’est estompé depuis ce qui semble déjà une éternité. On se souvient que la Tunisie a été le premier pays à s’enflammer après qu’un de ses fils, un jeune chômeur désespéré, se fut immolé. Mais depuis, on a un peu oublié le sort de ce petit pays longtemps dirigé d’une main de fer par Ben Ali et ses prédécesseurs.


Le superbe documentaire de la militante française de gauche Leïla Chaibi fait plus que nous rappeler qu’après ce qu’on a appelé le printemps arabe, la vie n’a pas été plus rose pour cette population libérée d’un dictateur, mais pas du chômage, de la misère, de l’absence de perspectives d’avenir... Son titre, Tous brûlés, fait référence au martyr Mohamed Mouazizi, mais aussi à ces milliers de jeunes Tunisiens qui tentent de fuir le pays vers l’Europe dans des embarcations de fortune, une démarche que l’on appelle la harga en arabe, qui se traduit en français par «la brûlure».


La réalisatrice a rencontré, avant et après la révolution de janvier 2011, plusieurs de ces jeunes «brûlés», parfois récidivistes, dont la tentative de fuite s’est soldée par un (ou plusieurs) rapatriement. Elle a également interrogé les familles de migrants clandestins qui ont péri lors de la dangereuse traversée, ou dont on n’a tout simplement plus eu de nouvelles. Il émane du discours de l’ensemble de ces intervenants un dépit, un désespoir devant l’avenir politique et social de la Tunisie, que la révolution n’a pas réussi à transcender.


Les jeunes femmes interrogées, du moins les plus religieuses, sont un peu plus optimistes et vantent l’espace de liberté individuelle dont elles disent jouir. Par contre, les jeunes hommes, toujours sans emploi, doutant que la démocratie toute neuve puisse changer quoi que ce soit, rêvent toujours d’ailleurs prospères. Non, les effluves de jasmin n’ont pas chassé les envies de jouer dangereusement avec le feu...

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