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Agence Reuters 
11 février 2012  Économie / Actualités économiques
Rigueur divisive - La Grèce au bord du chaos

Photo : Agence Reuters Giannis Liakos

Athènes — Les Grecs ont entamé hier une grève générale de 48 heures pour dénoncer les nouvelles mesures d'austérité réclamées par les créanciers internationaux et dont Athènes ne pourra faire l'économie, selon le ministre des Finances, Evángelos Venizélos, à moins de quitter la zone euro.

Des heurts entre manifestants et forces de l'ordre ont éclaté place de la Constitution (Syntagma), devant le parlement, mais les manifestations, relativement peu suivies, se sont globalement déroulées dans le calme. Le premier syndicat de police, qui accuse le Fonds monétaire international (FMI) et la Commission européenne de porter atteinte à la démocratie et à la souveraineté nationale, a exprimé sa volonté de ne plus agir contre ses «frères». Un quotidien local publie par ailleurs un photomontage montrant la chancelière allemande Angela Merkel en uniforme nazi.

Les quatre membres du gouvernement issus du LAOS, parti d'extrême droite qui appartient à la coalition gouvernementale, ont présenté leur démission pour protester contre les exigences des créanciers internationaux, rapporte l'agence de presse ANA. Georges Karatzaféris, chef de file du mouvement, avait auparavant exclu de donner son aval au nouveau plan d'austérité. Le LAOS compte 15 députés sur les 300 du Parlement grec, ce qui signifie que son opposition au plan de sauvetage n'empêcherait pas son adoption.

La secrétaire d'État aux Affaires étrangères, Marilisa Xenogiannakopoulou, membre du Parti socialiste (Pasok), a également présenté sa démission, mais le mouvement a invité ses élus à soutenir le plan. «Nous ne pouvons laisser la Grèce faire faillite. Notre priorité est de faire le nécessaire pour adopter le nouveau programme économique et le nouvel accord de prêt. Il va sans dire que ceux qui sont en désaccord et ne votent pas pour le nouveau programme ne peuvent rester au gouvernement», a déclaré le premier ministre, Lucas Papadémos, en conseil des ministres.

Pour Evángelos Venizélos, la Grèce ne peut qu'accepter les conditions du nouveau plan d'aide de 130 milliards d'euros pour éviter la faillite des comptes publics qui se profile pour le mois prochain. «Le moment est venu pour nous de trancher. Malheureusement, nous devons choisir entre des sacrifices et des sacrifices encore plus importants», a-t-il déclaré à Bruxelles.

Ses homologues de la zone euro ont exigé que le Parlement se prononce sur le plan d'austérité. Le vote pourrait avoir lieu dimanche ou lundi. Ils ont donné six jours au gouvernement Papadémos pour adopter certaines mesures essentielles et ils réclament des garanties sur la mise en oeuvre de l'ensemble du plan après les élections législatives d'avril.

Le dispositif prévoit notamment une baisse de 22 % du salaire minimum, la suppression de 150 000 postes dans la fonction publique et une réduction des pensions de retraite. Pour de nombreux Grecs, appauvris par cinq années de récession, dans un pays où le chômage touche un actif sur cinq, où les magasins ferment les uns après les autres, ces nouvelles mesures sont inacceptables.

Ce programme s'ajoute à tous les précédents plans d'austérité qui se succèdent depuis mai 2010 en Grèce empilant hausses d'impôts, coupes dans les salaires et retraites, au nom du nécessaire assainissement budgétaire et financier du pays surendetté. Devant être présenté au Parlement en vue d'un vote demain ou lundi, ce plan constitue un programme électoral suicidaire pour n'importe quel parti normalement constitué, d'autant que la zone euro exige que les partis de la coalition au pouvoir apportent des garanties écrites sur leur soutien au plan de rigueur.

«Implosion»

La Grèce au bord de la faillite est confrontée à une crise politique d'ampleur, les plans d'austérité successifs imposés par les bailleurs de fonds du pays conduisant à une «implosion» et une recomposition du système né en 1974 après la chute du régime des colonels.

Voter contre le plan serait une façon de dire au reste de l'Europe que la Grèce refuse son aide financière et qu'elle préfère faire faillite, voire sortir de la zone euro.

Un scénario inimaginable, selon la plupart des analystes, car le gouvernement en place, dirigé par l'ex vice-président de la Banque centrale européenne, Lucas Papademos, a précisément été nommé pour éviter ce scénario. Il disposait jusqu'à la défection du Laos de 252 sièges sur 300. Sans le parti d'extrême droite, la majorité se réduit à 236, ce qui reste confortable. «Le départ de Karatzaferis ne met pas en cause le résultat des votes, mais il alourdit le climat et crée des conditions psychologiques beaucoup plus difficiles pour les autres députés», estime le politologue Georges Sefertzis.

En annonçant son départ du gouvernement, il a eu un discours «qui a touché la majorité des Grecs, en se montrant hostile à l'égard de l'Allemagne d'Angela Merkel et en faisant référence à l'occupation allemande pendant la guerre», ajoute-t-il.

Un bon nombre des quelque 153 députés Pasok (socialistes) risquent eux aussi de faire défection. «Ils n'ont plus rien à perdre, ils savent qu'ils n'ont aucune chance d'être réélus», analyse M. Nikolakopoulos qui en a déjà recensé une vingtaine. Quant aux élus de droite de la Nouvelle Démocratie, le parti en tête des intentions de vote dans les sondages, ils semblent désormais contraints de voter pour le plan, après que leur chef, Antonis Samaras, eut fini, du bout des lèvres, par donner son consentement au plan d'austérité.

Selon M. Nikolapopoulos, «tout le système est en train d'imploser c'est sûr».

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Avec l'Agence France-Presse
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