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Philippe Laguë
30 janvier 2012 Économie / Automobile
Volkswagen Passat - Quelque chose du Tennessee
Photo : Source: Volkswagen
Fiche technique
VW Passat Trendline +
Moteur: 5-cyl 2,5 L
Puissance: 170 ch
0-100 km/h: 8,6 s
Vitesse maximale: 190 km/h (limitée)
Consommation moyenne: 11,2 L/100 km
Échelle de prix: 23 975 $ à 33 775 $
Prix du véhicule d'essai: 32 575 $
Si le Québec était l'Amérique, Volkswagen serait déjà le numéro 1 mondial des ventes. Depuis le début de l'année, le géant allemand, fort de ses huit marques, se maintient dans le trio de tête, derrière Toyota et GM. Et si VW n'est pas déjà au premier rang, c'est à cause de décennies d'insuccès aux États-Unis.
Toutes proportions gardées, c'est chez nous que la firme de Wolfsburg obtient ses meilleurs résultats de ventes. Les Québécois adorent ce que les Américains n'aiment pas: une conduite à l'européenne, moins aseptisée que celles des voitures américaines et asiatiques, un look tout aussi européen... Pour nos voisins du Sud, tout ce qui vient du Vieux Continent est suspect et les «Volks» sont décidément trop typées pour eux.
Les constructeurs japonais l'ont compris en premier: pour vendre des voitures aux Américains, il faut leur vendre des voitures «américanisées», c'est-à-dire confortables (au point d'être ennuyeuses), spacieuses (donc pas trop petites) et qui n'ont pas l'air trop «ethniques». Ceci a donné les fades Corolla, Camry, Civic, Accord et autres Sentra conçues, dessinées, assemblées et vendues en Amérique du Nord. Pas de mauvaises voitures, tant s'en faut, mais inodores, incolores et sans saveur.
Volkswagen, qui est le numéro 1 européen et marche très fort en Chine, a donc décidé de régler une fois pour toutes son «problème américain». Et ce, en utilisant la même recette que Honda, Toyota, Nissan et consorts. Exit les Jetta et Passat 100 % teutonnes: la première est fabriquée au Mexique, la seconde dans une nouvelle usine américaine, au Tennessee. Hee haw!
Deux prises contre la Passat
Non seulement il était difficile de vendre des Volkswagen aux Américains, mais plus on montait en gamme, moins elles se vendaient. Ainsi, la Passat n'est jamais parvenue à se tailler une place dans le segment des berlines intermédiaires, car ses ventes étaient faméliques. Son allure trop européenne (au goût des Américains) ne l'aidait pas, mais son principal handicap était son échelle de prix, peu concurrentielle.
Positionnée comme une berline intermédiaire «premium», elle se voulait plus raffinée que les Accord, Camry, Altima, Fusion, Malibu et consorts, mais le prix était à l'avenant. Bref, la Passat avait deux prises contre elle. Sauf que le créneau des berlines intermédiaires demeure celui où il se vend le plus de voitures aux États-Unis, devant celui des compactes. En toute logique, Volkswagen a donc placé la Jetta et la Passat au centre de sa stratégie de conquête de l'Amérique.
Perte de saveur
La métamorphose va évidemment plus loin qu'un simple changement d'usine. Après tout, la Jetta était déjà construite à l'usine mexicaine de VW, à Puebla. On assiste plutôt à une véritable révolution — ou une hérésie, c'est selon.
Le changement est d'abord esthétique: tant que l'on ne voit pas l'écusson VW sur la calandre, on peut difficilement deviner qu'il s'agit d'une Volkswagen, tant elle se fond dans la masse. Entre consensuel et générique, la ligne est mince... La Passat s'en sort toutefois mieux, car elle affiche une prestance qui fait cruellement défaut à sa petite soeur, décidément trop banale. Plus longue et moins ronde, plus effilée aussi, la Passat a tout de même perdu ce petit je-ne-sais-quoi qui la différenciait des autres. Vox populi...
VW King Size
Les Américains aiment les gros «chars» et la Passat made in USA n'a jamais été aussi volumineuse. Les places arrière peuvent accueillir des joueurs de basketball, tandis que le coffre est immense. En voilà une qui risque d'être adoptée par les chauffeurs de taxi! D'ail-leurs, le confort de la banquette arrière se compare, chose rare, à celui des sièges avant. Bon, ils offrent un peu moins de support latéral, c'est vrai, mais on s'y sent tout de même très bien. La simplicité n'est pas l'apanage des voitures allemandes, mais dans la Passat, il n'y a rien de compliqué: les commandes sont parfaitement disposées, faciles à compren-dre et à manipuler.
Introduite avant la Passat, la Jetta nord-américaine en a déçu plusieurs avec sa finition bon marché, nettement inférieure aux critères habituels de la marque. À ce chapitre, la Passat fait bien meilleure figure: la présentation est sobre, certes, mais moins austère que celle de la petite soeur; il y a moins de plastique, aussi.
Si la finition est plus agréable à l'oeil, la qualité d'assemblage semble toutefois variable: des bruits de vent émanant des vitres arrière affligeaient nos trois véhicules d'essai; dans un autre, ce sont des craquements très sonores qui envahissaient aussi l'habitacle. On n'entendait pas ce genre de choses dans une Passat fabriquée en Allemagne, croyez-moi. Dommage, car il s'agit de la seule tache au dossier de cet habitacle vaste et confortable.
4, 5 et 6 cylindres
Dans le segment des berlines intermédiaires, la norme est de proposer un 4-cylindres en entrée de gamme et un V6. Ou, à tout le moins, une motorisation plus puissante, avec un turbo, comme chez Hyundai et Kia. Plusieurs offrent également une motorisation hybride: outre les deux marques coréennes, c'est aussi le cas de Toyota, Nissan et Ford. Volkswagen se démarque avec un 5-cylindres en entrée de gamme, un V6 et 4-cylindres turbodiesel, le seul dans cette catégorie, en lieu et place d'une motorisation hybride.
Le 5-cylindres de 2,5 litres est une alternative intéressante aux 4-cylindres des concurrentes américaines et asiatiques: il est souple, volontaire aussi, et généreux en couple. J'aime. Il sert très bien cette voiture, en plus d'émettre un grondement sourd (mais pas agressant) qui lui donne un caractère que n'ont pas les 4-cylindres japonais, efficaces mais décidément trop sages. Jumelé à une boîte automatique à 6 rapports, il consomme aussi très raisonnablement, mais à ce chapitre, les 4-cylindres des Accord, Camry, Altima et Malibu font mieux, il faut bien le dire. Le 5-cylindres se situe dans la moyenne.
Un cran plus haut, il y a le 4-cylindres TDI, superbe moteur s'il en est, capable de faire tomber tous les préjugés sur les motorisations diesel. Ce moteur suralimenté à injection directe génère une puissance qui peut paraître un peu juste (140 chevaux), mais largement compensée par un couple comparable à celui d'un V6. De plus, le couple maximal (236 lb-pi) est disponible à bas régime, dans une plage se situant entre 1750 et 2500 tours-minute. À titre de comparaison, le couple maximal du V6 de la Passat est de 258 lb-pi, entre 2750 et 5000 tours-minute.
Concrètement, cela donne un moteur qui réagit rapidement, notamment pour les reprises et les dépassements, en plus d'être fort comme un boeuf. Sur un trajet montagneux, il ne souffrira pas une seule seconde, même avec quatre personnes à bord et un coffre rempli de bagages. Toutefois, ceux et celles qui se tournent vers le diesel le font avant tout pour sa faible consommation, et à ce chapitre, le TDI soutient la comparaison avec une motorisation hybride. La consommation de cette berline intermédiaire se rapproche ainsi de celle d'une sous-compacte.
Ce superbe trio de moteurs est complété par un V6 exceptionnel, qui n'a rien à envier à celui d'une Audi ou d'une BMW. Dans cette catégorie, il se situe un cran au-dessus des autres. Certes, il n'a pas l'onctuosité des V6 Honda et Toyota, mais quel tempérament! En fait, il a tout: la puissance (280 chevaux), le couple, la rapidité et le raffinement. Victoire par K.O.
Pas de doute, c'est une Volks!
Malgré le processus d'américanisation, on retrouve les qualités dynamiques d'une Volkswagen. La Passat tient la route comme une allemande, freine comme une allemande et garde le cap comme une allemande. Si, de l'extérieur, elle ressemble à n'importe quelle autre berline, dès qu'on la conduit, on retrouve les sensations d'une Volkswagen. La direction sem-ble légère de prime abord, mais elle se durcit dès que la situation l'exige, si on adopte une conduite plus, disons, enthousiaste. Précise, incisive, cette direction n'est pas celle d'une japonaise, c'est clair!
Est-elle devenue plus confortable depuis qu'elle est construite au pays des cowboys? Pas vraiment, car la Passat 100 % allemande disposait déjà de réglages de suspension adaptés à la conduite américaine. Le débattement prononcé des amortisseurs sur une route accidentée, on le constatait déjà dans le modèle précédent. Autrement dit, le processus de «dégermanisation» avait été entrepris avant même que la Passat ne soit assemblée au Tennessee. Qu'importe, elle continue de procurer un agrément de conduite supérieur à n'importe quelle autre berline intermédiaire. Victoire par K.O., encore une fois.
Conclusion
La Passat de 7e génération est une voiture allemande conçue et assemblée aux États-Unis. Dieu merci, on n'a pas réussi à la rendre aussi ennuyante qu'une Accord ou une Camry — à regarder, peut-être, mais pas à conduire. Malgré ce «quelque chose en elle de Tennessee» (pour paraphraser Johnny), la Passat made in USA n'a pas complètement perdu son âme, et c'est tant mieux!
Maintenant, la question qui tue quand on parle d'une Volkswagen: sera-t-elle fiable? Seul le temps pourra nous le dire. Si vous optez pour une location, c'est un moindre mal, mais si vous achetez, il pourrait être prudent de débourser quelques dollars supplémentaires pour une garantie prolongée. Même s'il y a eu des progrès à ce chapitre chez Volkswagen ces dernières années, c'est la première fois que la Passat est assemblée en Amérique et, de plus, c'est un nouveau modèle.
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Collaborateur du Devoir
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