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La Presse canadienne  
10 février 2012  Environnement / Actualités sur l'environnement
Ottawa savait avant Durban qu'il se retirerait de Kyoto

Avant même de discuter avec d'autres pays des suites à donner au protocole de Kyoto, à la conférence de Durban en décembre dernier, le gouvernement Harper avait adopté un décret prévoyant que le Canada entamerait des procédures pour se retirer de ce protocole.

Ce décret, daté du 6 décembre 2011, et dont La Presse canadienne a obtenu copie, autorise le ministre des Affaires étrangères à «prendre les mesures nécessaires pour dénoncer, au nom du Canada, le protocole de Kyoto». En langage juridique, ce terme de «dénoncer» le protocole de Kyoto signifie s'en retirer.

D'ailleurs, la version en anglais du même décret mentionne clairement que le ministre des Affaires étrangères est autorisé à faire les démarches «to withdraw», donc à se retirer du protocole de Kyoto.

Or, le 6 décembre, le ministre fédéral de l'Environnement, Peter Kent, se trouvait à Durban, où les pays négociaient pour discuter des suites à donner au protocole de Kyoto dans le cadre de la Conférence-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

La conférence a eu lieu du 28 novembre au 11 décembre.

Ce n'est que le 12 décembre, à son retour de Durban, que le ministre fédéral de l'Environnement a annoncé officiellement que le Canada se retirerait du protocole. L'annonce officielle du retrait du Canada aux Nations unies a été faite par lettre le 15 décembre.

Mauvaise foi


En entrevue, le professeur de droit et ancien bloquiste Daniel Turp, qui conteste devant le tribunal ce retrait du Canada du protocole de Kyoto, s'est insurgé contre cette façon de faire du gouvernement canadien, qui laisse croire que sa décision de se retirer était déjà prise et même officialisée par un décret, avant de se rendre négocier à la conférence de Durban.

«On doit négocier de bonne foi et là, on négociait de mauvaise foi avec les partenaires parce qu'on savait déjà qu'on dénoncerait le traité», a protesté M. Turp.

M. Turp estime que ce décret lui donne un argument supplémentaire pour poursuivre sa cause devant le tribunal, à savoir que le Canada ne pouvait pas se retirer d'un tel traité international, qui engageait le pays, par une simple décision du gouvernement, sans que le Parlement en soit saisi.

De son côté, l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, qui avait des délégués à la Conférence de Durban, en Afrique du Sud, crie à l'hypocrisie du gouvernement qui participait à une conférence sur Kyoto tout en sachant qu'il s'en retirerait.

Le directeur climat-énergie de l'AQLPA, Patrick Bonin, assistait lui aussi à cette conférence de Durban. «Le Canada n'a pas eu le courage, n'a pas eu l'honnêteté de se retirer [du protocole] sur place. Il a attendu après la conférence pour se retirer et ce n'est pas pour rien, parce qu'il l'a fait sous des prétextes fallacieux», a opiné M. Bonin.

Dans les jours qui avaient précédé son départ pour la conférence de Durban, le ministre Kent avait refusé de dire si le Canada planifiait déjà de se retirer du protocole de Kyoto. Il avait qualifié le protocole de «chose du passé».

L'avocat du gouvernement fédéral dans ce dossier, Bernard Letarte, a confirmé l'existence de ce décret, qui «autorise le ministre des Affaires étrangères à prendre les mesures afin de se retirer du protocole».
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