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Agence France-Presse
11 février 2012 International / Actualités internationales
Sommet des Amériques - Petite tempête diplomatique autour de Cuba
Bototá — Une éventuelle venue de Cuba au prochain sommet des Amériques, en Colombie, synonyme de rendez-vous historique avec les États-Unis, suscite une petite tempête diplomatique, avec menaces de boycottage en cas d'absence de l'île communiste, non conviée.
Un face-à-face inédit entre le locataire de la Maison-Blanche et le numéro un du régime cubain ? Rien n'est moins sûr, car La Havane n'a jamais pu assister à cette réunion des pays de l'Organisation des Etats américains (OEA), pour non-respect de sa charte démocratique.
Mais la question cubaine s'annonce comme un des sujets potentiellement brûlants du sommet, prévu les 14 et 15 avril en Colombie, dans la station touristique de Cartagena, sur la côte Caraïbes.
La ministre colombienne des Affaires étrangères, Maria Angela Holguin, s'est rendue cette semaine à La Havane pour désamorcer toute crise. Le président Raul Castro lui a confié «être évidemment intéressé à venir au sommet» mais il faudra une «décision consensuelle» de tous les participants, a-t-elle précisé.
Plus radical, le président équatorien Rafael Correa a proposé un boycott à ses homologues socialistes de l'Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA), un bloc rassemblant notamment le Venezuela, Cuba, le Nicaragua et la Bolivie.
«Je propose que si Cuba n'est pas conviée à ce sommet des Amériques, aucun des pays de l'Alba» ne s'y rende, a-t-il lancé.
Les amis de M. Correa n'ont pas démenti ou confirmé un boycott du sommet, pas même le bouillonnant président vénézuélien Hugo Chavez, pourtant prompt à brandir le drapeau de la révolution cubaine.
La porte-parole du département d'Etat américain, Victoria Nuland, a de son côté tranché la question, excluant une participation de La Havane.
«Notre point de vue sur la position de Cuba par rapport au sommet des Amériques n'a pas changé et nous ne pensons pas que les autres nations doivent changer de position», a-t-elle dit.
«Il vaut mieux que cette question soit apaisée avant le sommet, ce qui oblige la Colombie à faire du jonglage diplomatique», prévient le politologue colombien Enrique Serrano, expert en relations internationales.
«Le gouvernement colombien, qui prend du poids sur la scène internationale grâce à son pragmatisme, ne peut ni gâcher la visite du président américain, ni fermer la porte brutalement à Cuba et ses alliés», explique-t-il à l'AFP.
«Espérons que nous pourrons trouver une solution à cette impasse», a déclaré hier le président colombien Juan Manuel Santos, exhortant ses pairs à s'exprimer «non à travers les médias mais par la voie diplomatique».
Lors du dernier sommet des Amériques en 2009, l'OEA, sous la pression des pays latino-américains, a annulé l'exclusion de Cuba, qui en était écartée depuis 1962, au plus fort de la guerre froide.
Mais il appartient maintenant à Cuba de demander ou non sa réintégration à l'OEA, ce que l'île a jusqu'ici toujours rejeté. Elle devra en outre en respecter les principes démocratiques.
Traditionnel allié des États-Unis, la Colombie, qui a souvent eu des relations tendues avec ses voisins vénézuélien et équatorien, n'a pas exprimé d'inquiétude face à la menace de boycott.
En privé, un haut responsable colombien a toutefois reconnu que l'absence du chef d'État équatorien n'était pas à exclure. «Correa est toujours impulsif. Quand quelque chose lui paraît injuste, il voudrait que cela change tout de suite, ce n'est pas la logique diplomatique», a-t-il indiqué.
Bogotá n'imagine pas en revanche que cette situation puisse inciter Barack Obama à bouder le sommet. En quête de réélection en novembre, le président américain viendra car «il aura besoin du vote latino», souligne ce même responsable.
Agence France-Presse
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