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Marie Vastel 
4 mai 2012  Politique / Canada
Coût des F-35 : l’argumentaire des conservateurs s’effrite

Photo : Agence Reuters Chris Wattie

Le directeur parlementaire du budget persiste et signe : ses chiffres, qui prédisent que les F-35 coûteront plus cher que ce que laisse entendre le gouvernement, sont les bons et le fédéral a volontairement tenté de faire croire aux Canadiens que leur prix serait moindre. Et l’un des principaux arguments de défense des conservateurs pour expliquer les écarts de chiffres ne tient plus la route, ont dévoilé le bureau de Kevin Page et un fonctionnaire de la Défense.

Dans l’embarras depuis que le vérificateur général a reproché à la Défense nationale d’avoir camouflé le prix réel des F-35, le gouvernement a rétorqué avoir omis d’indexer les frais d’exploitation des appareils, car ceux-ci demeureraient sensiblement les mêmes qu’avec les CF-18 qu’ils remplaceront. Si le ministère évaluait la facture à 25 milliards de dollars, le gouvernement, lui, parlait publiquement de 15 milliards. Pour justifier les 10 milliards manquants, les conservateurs plaidaient qu’il s’agissait des coûts d’exploitation de la flotte, lesquels resteraient stables. Nul besoin donc de les comptabiliser publiquement, puisque le budget du ministère restera inchangé.


Mais voilà que le directeur parlementaire adjoint du budget est venu contredire les troupes de Stephen Harper, en comité parlementaire, avec son équipe hier, en précisant qu’il en coûterait une fois et demie plus cher pour exploiter les futurs F-35. « L’estimation, c’est que ça coûte 10 000 $ de plus par heure [de vol] », a laissé tomber Sahir Khan, en citant un rapport du département américain de la Défense. « Nous avons toujours anticipé que les F-35, en raison de leur complexité, coûteraient plus cher », soit de 50 millions à 100 millions supplémentaires par année, est venu confirmer le sous-ministre de la Défense Dan Ross, responsable du matériel.


Des chiffres cachés


Questionné pour savoir si le gouvernement avait tenté de faire croire aux Canadiens qu’il en coûterait moins cher, le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, a hésité, mais il a répondu « oui ». D’autant plus qu’au moment de préparer son propre rapport - qui faisait état d’une facture de 29 milliards -, le ministère n’a pas fourni toute l’information demandée par son bureau, ni au Comité des finances, quant aux coûts du cycle de vie complet des appareils, a réitéré M. Page. Le sous-ministre de la Défense Robert Fonberg a cependant rétorqué avoir répondu aux requêtes de son bureau.


« Ils [les conservateurs] ont menti aux Canadiens avant l’élection, et ils leur ont menti pendant l’élection », a scandé le leader libéral par intérim Bob Rae, ayant assisté exceptionnellement à la rencontre du comité. « C’est pour mieux faire passer la pilule. […] C’est un manque de respect flagrant envers les contribuables », a renchéri le néodémocrate Mathieu Ravignat.


Les conservateurs, qui n’en sont pas à leur première prise de bec avec Kevin Page, ont quant à eux contredit une fois de plus ses données. Le débat s’est poursuivi au comité sur les méthodes de calcul comptable. La Défense fait ses estimations sur une période de 20 ans, tandis que le vérificateur général et M. Page ont étudié un cycle de vie des appareils de 30 ans - la norme au département américain de la Défense et la durée de vie moyenne des CF-18. Les chiffres ne correspondent donc pas, car c’est comparer « des pommes et des oranges, malheureusement », a fait valoir M. Page. « Il est important qu’à l’avenir nous en venions à une définition commune », a-t-il sommé.


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