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Antoine Robitaille 
28 mars 2011  Politique / Québec
Québec solidaire veut marginaliser sa «gauche radicale»

Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir

Françoise David se félicite du fait que Québec solidaire reste uni après son VIe congrès tenu en fin de semaine, où la «gauche radicale» du parti a été mise plus souvent qu'à son tour en minorité. «Moi-même, ce matin, j'ai questionné certains des militants d'une gauche plus radicale», a raconté hier la coporte-parole de QS en conférence de presse. «J'ai dit à un tel, une telle: "Es-tu heureux ce matin? Es-tu content?" Ils m'ont répondu "oui".» Elle soutient que ces militants ont compris que, même si le parti a rejeté certaines de leurs positions, QS est le seul parti qui veut vraiment «dépasser le capitalisme» et «créer d'autres alternatives».

Le congrès, le VIe de la formation fondée en 2006, avait pour objectif de définir le programme du parti en ce qui a trait à l'économie, à l'écologie et au travail. Hier, les quelque 350 militants présents ont pris position contre le développement pétrolier d'Old Harry, pour l'élimination de la filière nucléaire et pour l'interdiction des lockouts. Un débat sur la nationalisation des banques a été reporté.

Samedi, les militants ont rejeté, entre autres choses, les notions de «décroissance» et d'interdiction de l'entreprise privée. Ils y ont été fortement incités par les deux porte-parole, Amir Khadir et Françoise David. Les militants ont accepté de donner «une certaine place au secteur privé» dans leur définition d'une économie solidaire, laquelle serait d'abord formée d'une «économie publique forte» et d'une «économie sociale à promouvoir (coop, communautaire, entreprise d'économie sociale)». Dans son allocution de clôture hier, Amir Khadir a souligné qu'un gouvernement QS mettrait tout en place pour éviter «l'hégémonie du grand capital». Mme David a soutenu que la notion de croissance économique ne devait plus être un objectif en soi.

Samedi après-midi, avant que les débats sur la vision de l'économie ne commencent, Amir Khadir avait déclaré: «La nouvelle gauche dont nous sommes issus se distingue quand même de la gauche radicale.» QS rejette l'autoritarisme et la «bureaucratie, qui vient d'un trop grand appareil centralisateur» à la soviétique. «On est arrivés, avec les erreurs du passé, à la conclusion que les grands plans, les grands soirs, les modèles tout faits d'avance se sont avérés la plupart du temps illusoires, si ce n'est pas complètement contre-productifs», a-t-il affirmé. Au micro, une militante a alors rétorqué au député de Mercier que QS était radical «dans le vrai sens du terme: on va à la racine des problèmes». Lors d'un «6 à 8» qui a ponctué la journée, des dizaines de militants ont entonné l'hymne révolutionnaire L'Internationale. «Il y a des amateurs de chants et d'histoire dans nos rangs qui nous ont fait une prestation spontanée», a commenté l'attaché de presse Christian Dubois sur Twitter, peu après que Le Devoir l'y eut souligné. «On chante aussi Du pain et des roses», a relativisé Françoise David, hier.

Dilemme des élections fédérales

Pour les élections fédérales déclenchées samedi, la direction du parti (qui compte un peu moins de 6000 membres) a décidé de ne pas donner de mot d'ordre, ni pour le Bloc (pour qui M. Khadir a été candidat en 2000) ni pour le NPD. Françoise David hier a toutefois lancé un «appel solennel» aux Québécois pour qu'ils rejettent les conservateurs de Stephen Harper «dont les orientations vont à l'encontre des valeurs largement partagées ici». Au reste, Mme David quitte jusqu'au 1er août son poste de coporte-parole de QS. Elle sera remplacée par une étudiante de l'Université Laval, Émilie Guimond-Bélanger.

Un militant connu de Québec solidaire, Alexandre Boulerice, aussi porte-parole du SCFP, est candidat du NPD dans la circonscription Rosemont-La-Petite-Patrie. Dans un échange de courriel, M. Boulerice a soutenu qu'il était toujours membre de QS et indépendantiste. «Tout le monde peut être au NPD tant qu'on défend le programme. On peut aussi faire passer au premier plan les questions sociales et environnementales, avant la question nationale», nous a-t-il écrit.
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