«Je vais évidemment respecter l'esprit de la loi [sur l'éthique des membres de l'Assemblée nationale] pour laquelle j'ai moi-même voté»
Québec — «Je ne peux quand même pas m'exiler sur la planète Mars!», s'exclame, excédée, l'ancienne vice-première ministre Nathalie Normandeau, à l'autre bout du fil en Floride, lors d'une entrevue au Devoir. Mme Normandeau a multiplié les interviews dans les médias hier après-midi au sujet de son nouveau poste de vice-présidente, développement stratégique chez Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT). Celle qui a quitté la vie politique le 6 septembre a fait l'objet d'attaques de toute part en soirée jeudi et en matinée hier. Les premiers reportages sur son embauche, notamment à TVA, citaient des sources selon lesquelles l'ancienne députée de Bonaventure allait donner «des services-conseils aux entreprises qui voudront investir dans le projet Plan Nord» cher au gouvernement libéral.
L'ancienne ministre des Ressources naturelles a soutenu que cette information était «absolument non fondée». Un communiqué de RCGT publié en matinée a précisé qu'elle «n'aurait aucun mandat spécifique lié au Plan Nord». Mme Normandeau admet par ailleurs que RCGT s'intéresse au Plan Nord comme «à peu près toutes les firmes de comptables, d'avocats ou d'ingénierie au Québec».
Dans le communiqué de RCGT, on précise que Mme Normandeau aura la tâche d'agir comme «conseillère auprès de clients évoluant dans des secteurs économiques variés». On cite l'ancienne ministre: «Il va de soi que mes connaissances de l'appareil gouvernemental et des régions du Québec, de leurs particularités et de leurs enjeux économiques et politiques profiteront aux clients des quatre coins du réseau de Raymond Chabot Grant Thornton, réparti dans plus de 90 bureaux.»
Mme Normandeau soutient avoir accepté ce mandat «en toute connaissance de cause», soit qu'elle est tenue de respecter les règles d'après-mandat du conseil exécutif, lesquelles lui interdisent pendant deux ans de faire affaire avec des entreprises avec lesquelles elle a eu à transiger lorsqu'elle était en politique. Elle soutient avoir refusé cet automne une autre offre d'emploi dans une entreprise plus directement liée aux ressources naturelles parce qu'elle se serait mise en délicatesse avec les directives adoptées dès 2003 par Jean Charest, lesquelles reprenaient en grande partie celles qui étaient en vigueur auparavant. Puisque le Code d'éthique et de déontologie des membres de l'Assemblée nationale n'est entré pleinement en vigueur que le 1er janvier dernier, il ne s'applique pas à son cas. «Mais je vais évidemment respecter l'esprit de la loi, pour laquelle j'ai moi-même voté», a-t-elle affirmé.
L'opposition dénonce
Les partis d'opposition ne se sont pas montrés rassurés par le communiqué et les explications de l'ex-députée de Bonaventure. La chef péquiste Pauline Marois s'est dite outrée par une apparente violation des règles éthiques.
Le député Éric Caire, maintenant de la Coalition avenir Québec, dit même jongler avec la possibilité de déposer une plainte au commissaire à l'éthique.
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Pas une première
2004: Russell Williams, l'ex-député libéral de Nelligan et adjoint parlementaire du ministre de la Santé et des Services sociaux du 21 mai 2003 au 9 mars 2004, devient, le 31 mars 2004, président des Compagnies de recherche pharmaceutique du Canada.
2007: Pierre Corbeil, l'ancien ministre des Ressources naturelles, est embauché comme conseiller pour Canadian Royalties, une entreprise minière, trois mois après sa défaite aux élections de mars 2007. Questionné à ce sujet, Jean Charest soutient que «évidemment, quand on quitte les fonctions ministérielles, la vie continue et les gens sont appelés à assumer des responsabilités. [...] Il y a des fois où ça peut être des zones grises.»
2008: Philippe Couillard s'associe à Persistence Capital Partners, un fonds d'investissement privé en santé, moins de deux mois après sa démission comme ministre de la Santé.