Robert Dutrisac 11 février 2012 Politique / Québec Charest tente de rassurer les journalistes
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir
Victoriaville — Le premier ministre Jean Charest a voulu rassurer, hier, la profession journalistique relativement à l'enquête qu'entend mener le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) sur les fuites touchant l'affaire Ian Davidson, ce policier de Montréal à la retraite soupçonné d'avoir tenté de vendre au crime organisé des listes d'informateurs de la police.
«Je suis en mesure de vous rassurer, sur la foi des informations que j'ai, que le but de l'enquête, ça ne vise pas les journalistes. Ça ne vise pas non plus à restreindre d'aucune façon la liberté de presse», a déclaré Jean Charest dans un point de presse tenu à l'issue du caucus présessionnel de deux jours des députés libéraux. «Ça vise des activités policières.»
Mercredi, le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, a confié à la Sûreté du Québec, à la demande du DPCP, le mandat d'enquêter sur la divulgation illégale d'informations à des journalistes par des policiers au sujet de l'affaire Davidson. Différents médias ont publié des articles portant sur ces fuites.
La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) juge qu'une telle enquête menace la liberté de presse. Elle craint que des journalistes soient contraints de dévoiler leurs sources, fassent l'objet d'écoute électronique ou subissent des perquisitions.
«L'écoute électronique, ça se fait à des conditions qui sont strictement réglementées», a fait valoir Jean Charest. «Les gens sont obligés de demander des permissions. Si ça vise ceux qui ont des responsabilités, que ce soit des avocats ou des journalistes, il y a un poids juridique, il y a une preuve à faire», a-t-il dit.
Mais il n'y a aucune garantie puisque la SQ est maître de son enquête, et le politique n'a rien à y voir. «Dans ces affaires-là, on n'intervient pas, mon bureau n'intervient pas. Je ne suis même pas informé de ça», a rappelé le premier ministre.
Pas de campagne avant le 21 avril
Jean Charest a indiqué qu'il ne déclenchera pas avant le 21 avril. Les 20 et 21 avril, il entend participer à une foire d'entreprises, le Salon Plan Nord, organisée conjointement par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et le gouvernement. Le chef libéral s'est permis une blague à l'endroit des journalistes présents: «N'allez pas acheter une piscine hors terre avec le temps supplémentaire que vous prévoyez faire [lors de la campagne électorale].» Plus tard dans l'année, un autre Salon Plan Nord sera organisé, cette fois à Québec.
Depuis décembre, Jean Charest multiplie les manifestations pour promouvoir le Plan Nord. Il participe à des rencontres entre donneurs d'ordre, fournisseurs et personnel appelées Cap Nord, des foires qui se répéteront dans différentes villes du Québec.
Comme l'avaient fait la veille trois des ministres — Serge Simard, Clément Gignac et Laurent Lessard —, Jean Charest a critiqué l'opposition officielle pour son obstruction systématique à l'adoption du projet de loi 14 sur les mines après 250 heures en commission parlementaire, obstruction qui risque de toucher aussi au projet de loi sur la Société du Plan Nord. Il veut «donner la chance au coureur» aux députés péquistes dans les premiers jours de la prochaine session qui s'ouvre mardi. Mais s'ils persistent, il laisse entendre que son gouvernement imposera le bâillon pour l'adoption des projets de loi dès le début de la session. «À un moment donné, il faut arriver au bout de ces discussions-là», a-t-il affirmé.