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Guillaume Bourgault-Côté 
28 novembre 2012  Politique / Québec
La langue de travail au Québec - Le bilinguisme prend le pas sur le français

Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir

Consulter les résultats de l'étude de l'Office québécois de la langue française (PDF)
Hello, bonjour : dans le monde du travail québécois, le bilinguisme prend une place de plus en plus importante au quotidien. Une étude de l’Office québécois de la langue française (OQLF) dévoilée mardi indique ainsi que 63 % des travailleurs ont recours à l’anglais, alors que l’usage prédominant du français recule légèrement.

C’est maintenant « une minorité des Québécois qui travaille exclusivement en français », constate la présidente de l’OQLF, Louise Marchand. Le bilinguisme est devenu dans la foulée « une pratique courante dans le quotidien des travailleurs », au point que 82 % des travailleurs montréalais utilisent minimalement un peu d’anglais dans leurs tâches professionnelles.


Cet usage de l’anglais n’empêche toutefois pas 89 % des travailleurs québécois d’utiliser principalement le français (soit de 50 à 100 % du temps). Ce taux est stable depuis 2007, mais il était de 91 % en 1989. En comparant différentes études sur la question réalisées depuis 1971, l’OQLF remarque d’ailleurs qu’il y a eu une progression de l’usage du français entre 1971 et 1989, mais une légère diminution depuis.


L’effet est plus marqué dans la région de Montréal, où l’usage du français comme principale langue de travail était l’affaire de 69 % de la population en 1971 et de 85 % en 1989 : il est maintenant de 80 % (en baisse de trois points en cinq ans). La baisse touche tant les francophones que les anglophones (94 % des francophones parlaient surtout français au travail en 1989 ; ils sont 87 % aujourd’hui).


La proportion d’allophones qui travaillent surtout en français ne cesse quant à elle d’augmenter (de 42 % en 1971 à 68 % en 2010 - date de collecte d’une partie des données dévoilées mardi). Il y a cinq ans, le taux était de 63 %.


D’autres indicateurs tirés d’une analyse du recensement de 2006 situent plutôt à 82 % la proportion de Québécois qui utilisent « principalement le français » au travail. Sur l’île de Montréal, ce taux est de 65 %. Plus d’une personne sur quatre (26 %) parle principalement anglais au travail sur l’île, alors que 55 % disent parler français et anglais.


La langue maternelle influence la langue de travail, montre aussi l’étude de L’OQLF. Dans la région de Montréal, 90 % des natifs et 78 % des immigrants de langue française parlent principalement français au travail, alors que 69 % des natifs et 75 % des immigrants ayant l’anglais comme langue maternelle parlent surtout cette langue au travail, selon les données du recensement. Les résultats d’un sondage mené en 2010 sont légèrement différents, mais indiquent la même adéquation entre langue d’usage à la maison et langue de travail.

 

S’inquiéter ou pas ?


Quelles conclusions tirer ? Louise Marchand fait valoir que « le français demeure clairement la langue principale de travail de la majorité des Québécois » - façon de dire qu’il n’y a pas nécessairement péril en la demeure. Mais la montée du travail en mode bilingue met l’OQLF devant le « défi de trouver le juste équilibre entre le droit de travailler en français, garanti par la Charte de la langue française, et les besoins spécifiques et véritables des entreprises en matière de bilinguisme ».


Sauf que les données publiées mardi sont « quantitatives, et non qualitatives ». L’OQLF ne peut donc actuellement juger si la présence de plus en plus importante de l’anglais au côté du français est justifiée ou pas. Il n’est « pas exclu » que l’organisme fasse plus tard une étude sur cette question, a dit Mme Marchand.


La présidente a pour le moment rappelé que la « Charte interdit à un employeur d’exiger une autre langue que le français, à moins de démontrer éventuellement que cette exigence est véritablement requise ». Et elle a promis que l’Office sera « vigilant » à cet égard.


Le Mouvement Québec français retient pour sa part que le français recule en tant que langue de travail, situation qu’il attribue « aux affaiblissements qu’a subis la loi 101 au cours des 30 dernières années ». L’organisme estime qu’il est « temps de renforcer et de mettre à jour » la loi.


À l’inverse, le Conseil du patronat a souligné un « portrait relativement stable et encourageant de la francisation des entreprises au Québec ». La progression du bilinguisme s’explique d’après lui par « plusieurs facteurs circonstanciels », notamment le contexte de « mondialisation croissante » où le bilinguisme est un « atout ».


À Québec, la ministre responsable du dossier, Diane De Courcy, a pris acte des données de l’OQLF et répété qu’elle déposerait « avant Noël » son projet de réforme de la Charte. « Il est très clair que la question de la langue de travail sera touchée », a-t-elle dit.

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