Connexion
 



Se connecter
Lisa-Marie Gervais 
3 mai 2012  Société / Éducation
La solution de la CLASSE: la gratuité

Photo : Annik MH De Carufel - Le Devoir

Le gel des droits de scolarité au niveau de 2007 et la gratuité scolaire échelonnée sur cinq ans. Voilà quelques éléments qui font partie de la contre-offre de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), a appris Le Devoir. La proposition, qui devrait être dévoilée ce matin, provient de mandats clairs récoltés lors de son congrès en fin de semaine dernière à l’Université Laval. Des mandats nouveaux, car si la gratuité scolaire est un principe de la CLASSE, elle n’avait jamais été explicitement prônée dans le présent conflit.

L’organisation, qui représente près de la moitié des quelque 180 000 étudiants en grève, ne réclamera pas publiquement de médiation, mais ne refusera pas de négocier si toutefois c’était le cas. Au chapitre de la violence, une nouveauté : alors que la CLASSE condamnait toute violence portant atteinte à l’intégrité physique des personnes, elle dénonce cette fois « la violence de certains manifestants et manifestantes envers d’autres manifestantes et manifestants » et appelle « à la solidarité et au respect de la diversité des tactiques », peut-on lire sur des documents disponibles sur le site de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ).


La CLASSE souhaite également la tenue d’états généraux sur l’avenir de l’éducation au Québec auxquels participeraient des membres de toutes les organisations étudiantes nationales, et ce, dès l’automne 2012 ou à l’hiver 2013 au plus tard. Formés aux deux tiers de représentants étudiants et de membres de syndicats, ces états généraux devront faire la critique de la fonction et de la mission des cégeps et universités.


Pour la CLASSE, ce serait l’endroit pour discuter de l’autonomie des établissements et leur modèle de gouvernance, de la rémunération du 4estage en enseignement et de l’élaboration d’une politique familiale. Il devrait aussi être question de revoir les critères d’attribution du régime d’aide financière aux études pour notamment modifier le nombre de mois maximal d’admissibilité et reconnaître, par exemple, l’autonomie financière de l’étudiant dès son départ du foyer familial.


D’autres propositions ont été discutées mais non entérinées, notamment qu’une autre table de négociation soit dressée entre les associations étudiantes et le gouvernement, mais sans qu’une trêve soit exigée. La démission du gouvernement « en raison de son inaptitude à assumer ses responsabilités » est une proposition qui n’a pas non plus été retenue.


Réactions à la contre-offre des fédérations


La Fédération étudiante collégiale (FECQ) et la Fédération étudiante universitaire (FEUQ) avaient quant à elles présenté mardi leur contre-offre en sept points au gouvernement. En plus du gel des droits de scolarité au niveau de 2012, celle-ci comprend un moratoire de deux ans sur le plan de financement des universités, afin de mieux évaluer leurs besoins. Cette proposition a été balayée en partie par la ministre et le réseau des Universités du Québec (UQ). La Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) devait tenir une conférence de presse pour réagir hier en après-midi, mais l’a annulée. Son président-directeur général, Daniel Zizian, s’était toutefois dit « déçu » de la contre-offre des fédérations au Réseau de l’information (RDI).


Quant à la chef de l’opposition officielle, Pauline Marois, elle a déclaré hier que si son parti formait le prochain gouvernement, elle annulerait la hausse des droits de scolarité. Malgré leur gel, elle en prône toutefois l’indexation. « Plusieurs ont conclu que nous voulions augmenter les droits, je peux assurer les Québécois du contraire. La hausse de 82 % [1778 $] sur sept ans sera annulée et nous rétroagirons si tant est que le gouvernement voulait appliquer cette hausse [d’ici des élections] », a affirmé Mme Marois, en indiquant vouloir mettre sur pied un sommet de l’éducation supérieure. Elle a également souhaité la nomination d’un médiateur pour régler la crise ainsi que le déclenchement des élections.

 

Injonctions non respectées


Malgré le non-respect des demandes d’injonction obtenues par des étudiants qui souhaitent retourner en classe, le gouvernement refuse d’intervenir, comme l’avait demandé le juge en chef de la Cour supérieure du Québec, François Rolland. « Comme procureur général, jamais je ne m’exprimerai pour empêcher des citoyens d’exprimer leurs droits », a soutenu le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier. Le ministre de la Sécurité publique, Robert Dutil, s’est contenté de souligner que le problème était « grave » et « nouveau » et qu’il faudrait le régler.


Hier, une motion proposée par la Coalition avenir Québec demandant au gouvernement de faire respecter les injonctions a été bloquée par le député de Québec solidaire, Amir Khadir. Pauline Marois n’a pas clairement demandé aux piqueteurs de respecter l’ordre de la Cour, mais a soutenu que « la justice devait être respectée en tout temps ». Elle s’en est plutôt prise au gouvernement Charest, lui rappelant que c’était sa responsabilité de démontrer une ouverture pour mettre fin au conflit.


Le mouvement d’injonctions touche actuellement six établissements collégiaux : Sherbrooke, de l’Outaouais à Gatineau, Saint-Laurent, Maisonneuve et Rosemont, à Montréal, ainsi que Montmorency à Laval. Un septième établissement, à Saint-Jean-sur-Richelieu, est visé par une requête en mandamus.


Et, pour la première fois dans le dossier de la bataille juridique, une requête pour outrage au tribunal a été déposée par des étudiants du cégep de Sherbrooke qui veulent faire respecter l’injonction sera entendue lundi.


Neuvième manifestation nocturne


Comme le veut maintenant la tradition, les manifestants se sont retrouvés Place Émilie Gamelin hier pour manifester. Peu avant, en fin d’après midi, une manifestation contre Stephen Harper avait réuni plusieurs dizaines de manifestants à l’occasion du premier anniversaire de l’élection majoritaire du Parti conservateur.


Au moment de mettre sous presse, la manifestation nocturne se déroulait tranquillement et avait ateint Westmount.

Site complet