Agence Reuters 9 février 2012 Société / Éthique et religion Le Vatican s'affiche contre l'omerta dans les cas de pédophilie
Photo : Agence Reuters Juan Medina
Rome — Se replier derrière la culture de l'omerta — cette loi du silence appliquée par la mafia — pour masquer les scandales sexuels impliquant des membres du clergé serait fatal à l'Église catholique, a déclaré hier Mgr Charles Scicluna.
Lors d'un symposium à Rome, Mgr Scicluna, «promoteur de justice» à la Congrégation pour la doctrine de la foi, a plaidé pour une politique efficace contre les abus sexuels, un dossier dont il a été spécialement chargé.
«La vérité est le fondement de la justice, c'est pourquoi la culture mortelle du silence, ou "omerta", est en elle-même mauvaise et injuste», a-t-il dit dans un discours devant 200 personnes — évêques, responsables religieux, psychologues et victimes d'agressions sexuelles.
«Parmi les autres ennemis de la vérité, il y a le déni volontaire de faits établis et l'idée fausse que la réputation de l'institution doit primer sur tout, quitte à cacher la réalité», a ajouté le prélat maltais devant les participants à ce symposium «Vers la guérison et le renouveau», organisé du 6 au 9 février à l'Université pontificale grégorienne.
Comme les autres intervenants, Mgr Scicluna a souligné la nécessité pour l'Église de collaborer avec les autorités civiles afin que la justice s'applique dans les affaires de pédophilie.
Pour l'association de victimes Survivors Network of Those Abused by Priests (SNAP), cette réunion de Rome n'est que de la «poudre aux yeux». Elle demande que le Vatican remette à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye les dossiers en sa possession sur les cas d'abus sexuels imputables à des ecclésiastiques.
«Après des années de vaines promesses, de réunions et de timides excuses, le Vatican ne peut-il pas faire ce qui est le plus simple, le moins coûteux et le plus utile pour les enfants victimes: rendre publics les dossiers secrets détenus depuis des décennies?», a dit Joëlle Casteix, membre du SNAP.
Une priorité
En mai dernier, le Vatican a adressé aux évêques du monde entier une lettre faisant de la lutte contre la pédophilie dans l'Église une priorité.
Cette lettre de la Congrégation pour la doctrine de la foi, que Benoît XVI a dirigée pendant près de 25 ans avant de devenir pape, visait à aider les évêques à édicter des consignes adaptées à chaque diocèse.
Elle rappelait le durcissement des mesures contre les prêtres pédophiles décidé en 2010, à savoir le doublement de la durée de prescription pour l'adoption de mesures disciplinaires et de procédures plus rapides pour les réduire à l'état laïque.
Lorsque la pédophilie est prouvée, la révision du droit canonique introduite l'an dernier autorise les évêques à réduire les prêtres à l'état laïque sans passer par un procès devant un tribunal ecclésiastique, qui peut être long et coûteux.