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Marco Bélair-Cirino 
16 février 2012  Société / Justice
Alain Gravel, Radio-Canada et Louisbourg en Cour supérieure - Louisbourg demande à connaître la source d'Enquête

Les avocats de Constructions Louisbourg, une entreprise appartenant à Tony Accurso, veulent connaître l'identité d'«une des meilleures sources» du journaliste d'enquête Alain Gravel, ce à quoi le reporter et son employeur, Radio-Canada, s'opposent fermement. Le juge Jean-Pierre Sénécal de la Cour supérieure doit trancher aujourd'hui.

«[Il s'agit d']une de mes meilleures sources depuis que je travaille à l'émission Enquête», a souligné hier M. Gravel, se gardant toutefois de «chiffrer» le nombre de reportages effectués grâce aux informations privilégiées qu'elle lui a transmises.

Sa source, qui abreuve d'informations l'animateur d'Enquête «sur les dossiers de la construction» depuis «deux ans», s'est montrée «très nerveuse» lorsqu'elle a appris que Radio-Canada et Louisbourg s'engageaient dans un bras de fer juridique. Elle craint des «conséquences sur sa vie professionnelle et à la limite aussi sur son intégrité physique», a soutenu Alain Gravel, ne manquant pas de faire réagir les avocats de Louisbourg. L'un deux, Luc Giroux, a agité les mains.

Selon Me Giroux, Radio-Canada est coupable d'outrage au tribunal puisqu'elle aurait «sciemment violé» la confidentialité d'une dénonciation à Revenu Québec en diffusant le 17 avril et le 31 mai dernier son contenu dans des reportages mettant au jour la volonté de Revenu Québec d'obtenir la preuve amassée par l'Agence du revenu du Canada contre les entreprises de M. Accurso, Louisbourg et Simard-Beaudry, qui avaient été condamnées à des amendes globales de 4,1 millions de dollars.

La société d'État a «commis une entrave sérieuse à une saine administration de la justice» et a «privé» Louisbourg «du bénéfice de la protection octroyée par une ordonnance de la Cour du Québec», font valoir les avocats de la firme Fraser Milner Casgrain.

«Une responsabilité», «un devoir»

Pour sa part, le diffuseur public a martelé hier qu'Alain Gravel a mis la main sur le document avant qu'il soit mis sous scellés, par le biais d'une source anonyme. «Il y a une fraude qui a été commise, de 4 millions, et surtout il y a la recherche de Revenu Québec pour impliquer personnellement M. Accurso», a soutenu M. Gravel. «Et non seulement il était de notre responsabilité de publier cette information-là [...] mais c'était notre devoir», a-t-il poursuivi.

Me Giroux ne compte pas se «contenter» de la réponse du «témoin Gravel», exhortant le juge de forcer Radio-Canada à lever le voile sur sa source. «Si on est dans un contexte d'outrage, qui peut même être à caractère criminel, je m'excuse, mais tous les principes de liberté d'expression et de la protection de la source [...] n'ont aucune espèce de pertinence», a répliqué Me Giroux, avant de proposer que l'identité de la source soit révélée uniquement aux avocats.

«La Cour peut l'imposer [que ma source soit dévoilée], mais mon lien de confiance avec ma source est absolu», a dit Alain Gravel. «Vous êtes prêt à...», a rétorqué le juge de la Cour supérieure, soulignant quelques secondes plus tard que le journaliste du Globe and Mail Daniel Leblanc avait tenu de tels propos afin de protéger «Ma chouette», la source qui l'a mis au parfum d'informations clés du scandale des commandites.

La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) s'est gardée de tout commentaire hier.
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