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Jeanne Corriveau , Kathleen Lévesque 
17 mai 2012 13h19  Société / Justice
Arrestations de Paolo Catania et Frank Zampino par l'UPAC

Les neuf accusés:

- Frank Zampino, 53 ans
- Paolo Catania, 49 ans
- Martial Fillion, 59 ans
- Daniel Gauthier, 54 ans
- Bernard Trépanier, 74 ans
- Martin D’Aoust, 37 ans
- Pasquale Fedele, 48 ans
- André Fortin, 47 ans
- Construction Frank Canatia et associés inc.
L’ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal et bras droit du maire Gérald Tremblay, Frank Zampino, a été arrêté ce matin et accusé de fraude, complot et d’abus de confiance. Il aurait été la «tête dirigeante» d’un stratagème afin de favoriser le promoteur immobilier Catania.

M. Zampino est l’une des neuf personnes arrêtées et accusées dans le cadre de l’opération Faufil menée par l’escouade Marteau de l’Unité permanente anticorruption (UPAC). Toutes ces personnes auraient participé à un système mis en place au bénéfice de Construction Frank Catania et associés inc. dans l’objectif d’obtenir un contrat de plus de 300 millions de dollars pour le projet de construction de condos Faubourg Contrecoeur. La fraude est estimée à environ un million de dollars, a précisé ce matin Denis Morin, chef du Service des enquêtes sur la corruption à l’UPAC.

Frank Zampino et le directeur général de la Société de développement et d’habitation de Montréal (SHDM), le libéral Martial Fillion (accusé notamment de fraude), auraient bénéficié de certains avantages en échange d’informations privilégiées à Catania. Ce serait l’urbaniste Daniel Gauthier (fraude, complot et abus de confiance) de l’entreprise Plania, filiale de la firme de génie-conseil Dessau, qui aurait agi comme intermédiaire pour transmettre les informations et manipuler les processus d’octroi de contrats.

Bernard Trépanier qui était à l’époque des faits reprochés, responsable des finances d’Union Montréal, le parti du maire Gérald Tremblay, aurait également agi comme intermédiaire. Surnommé «Monsieur 3 %», M. Trépanier aurait empoché de l’argent destiné à «un parti politique», s’est borné à indiquer Denis Morin.

La police a fait enquête pendant plus de deux ans et rencontré 120 témoins. Denis Morin a expliqué que bien qu’il y ait eu de nombreuses données détruites, les documents recueillis par la police étaient si nombreux (250 téraoctets) qu’ils ont nécessité une année complète d’analyse.

Irrégularités

Ce scandale du Faubourg Contrecoeur a éclaté en octobre 2008 et révélait de nombreuses irrégularités. Catania était le promoteur du projet orchestré par la SHDM. Catania a acheté pour une fraction (19 millions) de sa valeur (31 millions) l’immense terrain devant accueillir les 180 condos. La SHDM, le bras immobilier de la Ville de Montréal, avait réduit ce prix en soustrayant le coût de la décontamination de 11 millions. Ce volet du dossier ne fait toutefois pas partie de la preuve incriminante.

Le directeur général de la SHDM, Martial Fillion, qui avait été auparavant chef de cabinet du maire Tremblay, a été congédié. Son épouse, Francine Sénécal, était alors la vice-présidente du comité exécutif, aux côtés de M. Zampino.

Ce dernier a démissionné en 2008, prenant tout le monde par surprise. Il avait par la suite été embauché par la firme Dessau qui a toutefois rapidement rompu son lien d’emploi puisque la situation avait soulevé une controverse.

En effet, c’est à cette époque que le dossier des compteurs d’eau que Le Devoir avait mis au jour en 2007 prend une nouvelle tournure. On apprend que M. Zampino a séjourné sur le bateau de l’entrepreneur Tony Accurso alors que le processus d’octroi du plus important contrat de l’histoire de Montréal s’apprête à être accordé.

L’opération Faufil est la troisième d’importance menée par l’UPAC après Boisbriand et Mascouche. Ces deux dossiers ont entraîné des arrestations ainsi que des accusations notamment contre Tony Accurso.

Le maire de Montréal «prend acte»

L'arrestation par l'escouade Marteau de Frank Zampino, ex-bras droit de Gérald Tremblay, et de Bernard Trépanier, ancien responsable des finances d'Union Montréal, a relégué dans l'ombre le sujet à l'ordre du jour du conseil municipal qui se déroule depuis 9h30 ce matin à l'hôtel de ville, soit la reconnaissance de Jeanne Mance comme fondatrice de Montréal.

«Je prends acte des arrestations de ce matin, qui sont graves, et j'espère que toute la lumière sera faite le plus rapidement possible», a déclaré en ouverture d'assemblée le maire Tremblay.

«Les événements datent de plusieurs années. Mon administration a mis en place une foule de mesures pour contrer la collusion, la corruption et les conflits d'intérêts. Maintenant, il faut laisser le processus judiciaire suivre son cours et, pour l'instant, je n'ai aucun autre commentaire. J'espère que ce conseil municipal extraordinaire portera uniquement sur la reconnaissance de Jeanne Mance comme fondatrice de Montréal.»

La leader de l'opposition officielle, Anie Samson, a déclaré que ce moment était attendu depuis longtemps. «Il était à peu près temps que l'UPAC agisse à l'Hôtel de ville de Montréal. Ça faisait 4 ou 5 ans qu'on posait des questions au maire Tremblay au conseil municipal», a-t-elle souligné.

Selon elle, d'autres arrestations doivent avoir lieu. Des élus de l'actuelle administration pourraient-ils être visés? «Je pense qu'il y en a eu beaucoup qui n'ont pas dormi cette nuit et qui ne dormiront pas ce soir. L'UPAC n'a pas terminé ses arrestations ce matin. On me dit qu'il en reste encore deux autres.»

De son côté, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, s'est réjoui des arrestations de ce matin. «Les arrestations qui ont eu lieu ce matin sont une excellente nouvelle en matière de lutte à la corruption à Montréal et au Québec. On a là un exemple parfait du trio faiseur d'élections-d'entrepreneurs-élus. Trio malsain, procédé malsain», a-t-il indiqué.

On ignore encore si la Ville de Montréal assumera les frais juridiques de M. Zampino, qui a siégé au conseil municipal de 2001 à 2008. M. Bergeron estime que les contribuables ne devraient pas avoir à assumer cette facture. «Si les taxes des Montréalais devaient servir à défendre Frank Zampino, je vais m'y opposer, mais c'est assez secondaire à ce stade-ci.»
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