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Isabelle Paré 
8 septembre 2011 09h20  Société / Médias
SPÉCIAL PHOTOJOURNALISME

Photo : Corentin Fohlen, Fedephoto

A l'heure où l'image est reine, glorifiée mais aussi piratée, formatée, trafiquée à souhait dans le cyberespace, la photographie de presse fait office de dernier bastion de la vérité. Frère siamois de l'information, le journalisme photo n'a cessé de prendre du galon dans la seconde moitié du siècle dernier. Les pionniers qu'ont été les Henri Cartier-Bresson, Robert Cappa, Eugene Smith et cie ont changé à jamais la façon de croquer l'actualité, d'immortaliser cet «instant décisif», où l'image vaut mille mots.

Si Le Devoir ouvre aujourd'hui ses pages aux clichés les plus marquants de l'année, il fut un temps où la presse écrite n'avait cure de la photographie. Il fallut attendre l'entre-deux-guerres et l'ère chérie des magazines illustrés pour que l'image devienne la locomotive de plusieurs grands médias.

Si dès 1920 voyait le jour à New York la Keystone View Company, premier embryon d'agence de presse photo mondiale, ce n'est plusieurs années plus tard que les boîtes légendaires comme Reuters, AFP, Sygma, Gamma virent le jour, sans oublier la célèbre agence Magnum, fondée en 1947 par Capa, Cartier-Bresson et d'autres bonzes du genre.

Mais à l'instar des médias, le photojournalisme vit aujourd'hui des heures troubles. Confrontée à la mondialisation, à la révolution numérique et à l'ère du journalisme citoyen, la discipline doit se réinventer. De tous les points chauds de la planète déferlent dans la minute des images captées par des téléphones intelligents, rapidement relayées par le Web. Un des fleurons du photojournalisme, l'agence française SIPA, annonçait d'ailleurs récemment la mise à pied du tiers de ses effectifs, signant la fin de l'époque dorée du photojournalisme français.

La discipline est aussi bousculée par de nouvelles réalités, dont celle de la retouche généralisée des images numériques. L'an dernier, le jury du World Press Photo retirait à Stepan Rudik son prix, après avoir découvert que le cliché gagnant avait été modifié à l'ordinateur. Rudik avait effacé le pied d'un sujet inclus dans le cliché d'origine ayant servi à extraire le gros plan soumis au concours.

Déformation, amplification, trucage? La question continue de diviser les photoreporters alors que la frontière entre information et communication est de plus en plus floue. En France, une loi a même été déposée en 2009 pour réglementer la retouche d'images corporelles dans les publicités, afin de forcer les agences à identifier leurs photos enjolivées virtuellement. Cet élan d'authenticité gagnera-t-il le photojournalisme?

Même si le numérique favorise toutes les digressions, nombre de photojournalistes affirment aujourd'hui qu'une image retouchée est «une image qui ment». La dramatisation du sujet, l'exacerbation des couleurs servent-elles encore l'information, ou simplement les tirages?

Pour des images qui disent vrai, donc, feuilletez Le Devoir d'aujourd'hui qui rassemble le meilleur cru du photojournalisme mondial, intouché jusqu'à preuve du contraire. Du portrait saisissant de Bibi Aisha, croquée par Jodi Bieber (Photo de l'année), qui crie toute l'horreur d'un pays prisonnier de ses traditions, aux scènes de désolation saisies à Haïti par Riccardo Venturi (Contrasto) ou Olivier Laban-Mattel (France-Presse), ces images redisent toute l'importance du photojournalisme de qualité dans la quête de l'information vraie, sans artifices.
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